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Phare de la vieille
 
Les travaux d'approche de la construction d'un phare sur la Vieille encore appelée Gorlebella (la roche la plus éloignée) commenceront dès 1879.

En cette année cinq débarquements y sont effectués pour étudier la roche, le régime des courants, les conditions d'accostage. Les pêcheurs de l'Ile de Sein parviennent à forer quelques trous où sont scellés des organeaux d'amarrage. Six mètres cubes de maçonnerie sont même réalisés dans les parties basses par les maçons du phare d'Armen, améliorant sensiblement les points d'accostage dont le plus important permet d'aborder au Nord-Est.

L'année suivante, la roche est accostée dix fois. Des organeaux et barres de scellement sont fixés. A présent, les trente sept mètres cubes de maçonnerie réalisés forment, dans le Nord-Est de la roche, la base d'un massif destiné à servir ultérieurement de plate-forme de débarquement de matériaux. Enfin, dans une dépêche du 29 janvier 1881, le ministre des Travaux publics précise que "des renseignements recueillis et des résultats obtenus pendant les deux campagnes de 1879 et 1880, il ressort qu'on peut établir un phare sur la roche la Vieille, dans des conditions de dépense parfaitement en rapport avec les services à rendre".
 
Phare de la vieille
Phare de la vieille
 
Les travaux sont envisagés; l'entreprise est toutefois difficile : Les courants qui entourent presque continuellement la Vieille, avec une violence extrême en raison de la position du rocher allongé dans le sens du courant, ne ménagent que rarement des zones abritées.

La Vieille, en fait, n'est accostable qu'à certains moments, sur la face Nord en morte-eau pendant le flot qui provoque à cet endroit un remous s'étendant sur quarante à cinquante mètres. Au Sud, gisent des basses. A l'Est et à l'Ouest, le courant dont la vitesse varie de six à quinze noeuds, interdit tout stationnement. Bref, l'accostage n'est possible que dans la partie Nord et seulement trois jours avant et après le quartier de la lune, sous réserve que la mer soit parfaitement calme.

Aussi, l'ingénieur Fenoux, à qui a été confiée l'exécution du phare prévoit une campagne de cinq mois par an, à raison d'un jour de beau temps sur deux pendant les six jours de chaque quartier. Cela représente une trentaine d'accostages par an.
 
Phare de la Vieille

Phare de la Vieille

photos empruntées sur le fabuleux site de l'Amiral John USHANT de KELLER
 
En dépit de ces difficultés, le chantier, de la Vieille s'annonce malgré tout plus "confortable" que celui d'Armen. En effet la roche émerge de quatorze mètres au dessus des plus hautes mers et s'étend sur cinquante mètres en longueur et vingt mètres en largeur, offrant ainsi la possibilité de construire une plate-forme de vingt mètres sur dix.

Au terme de cette approche jugée satisfaisante, le ministre des Travaux public donne, le 29 janvier 1881, son accord définitif pour l'érection de ce phare. Tirant parti de l'expérience d'Armen, les campagnes débutent le ler mai de chaque année et les travaux s'organisent à partir de l'île de Sein où s'est installé l'ingénieur chargé de leur surveillance. Les pierres de taille et autres matériaux entreposés sur l'île sont ensuite transportés dans une grosse chaloupe pontée, contenant aussi les canots d'accostage, prise en remorque du petit vapeur où ont embarqué les ouvriers.

Trois corps-morts mouillés dans le Sud Ouest de la roche permettent d'amarrer la chaloupe durant le flot et une partie du jusant, à petite distance des mâts de charge installés sur le rocher. Pendant ce temps le vapeur attend sur une bouée un peu à l'écart, à moins que les vives-eaux ne le contraignent à aller mouiller en baie des Trépassés où il se tient prêt à intervenir au moindre signal.
 
Phare de la vieille et Geronimo
Le trimaran Geronimo franchissant le Raz de Sein
Phare de la Vieille
 
Les premiers accostages sont mis à profit pour bâtir, dans un creux à l'Est du rocher, un petit abri maçonné pour accueillir les ouvriers, leurs vivres et leurs outils. Ainsi l'équipe peut-elle travailler sans discontinuer au dérasement de la roche lorsque le temps n'est pas trop mauvais.

Le 5 août 1882, les maçonneries du soubassement sont commencées. Les trois saisons suivantes sont consacrées à l'exécution de la tour, achevée en 1886 avec sa plate-forme et une partie des travaux intérieurs, qui se poursuivent jusqu'en 1887

Phare de la Vieille
Le phare quadrangulaire de la Vieille est flanqué à sa face Nord, d'une demi-tour ronde qui abrite l'escalier tournant. Au rez-de-chaussée, l'on trouve les citernes, divers matériels d'accostage et les groupes électrogènes. Viennent ensuite quatre chambres superposées accueillant respectivement le magasin des huiles, la cuisine, la chambre à coucher et la chambre de service. Le parement de l'édifice est traité en granit bleu de Kersanton, pour l'encadrement des ouvertures et les angles, et en granit gris de l'île de Sein pour le reste de la construction. La maçonnerie est hourdée au ciment de Boulogne et de Portland gâché à l'eau de mer pour le soubassement et la plate-forme, à l'eau douce par ailleurs afin de mieux garantir la salubrité des logements.

L'architecture de la Vieille a été voulue ainsi par souci esthétique mais aussi pour éviter aux navigateurs de la confondre, de jour et par temps de brume, avec la tour voisine de Tévennec. Le feu fixe de la Vieille, situé à 33,89 m au-dessus du niveau de la mer, s'allume le 15 septembre 1887. Au même instant, les deux feux de la pointe du Raz s'éteignent.

A l'évidence, la mise en service des phares de la Vieille a été fort utile aux grands navires qui empruntent le raz de Sein. Il n'en a pas été de même des pêcheurs qui ont longtemps déploré l'extinction de l'ancien feu "de la Montagne du raz" qu'ils relevaient par celui de Sein, pour obtenir un alignement qui, infléchi d'un degré dans le Sud, leur permettait de longer la chaussée sans danger jusqu'aux abords de l'île.

source : Le Chasse Marée
 
Phare de la vieille