Trophée Jules Verne 2016
2017
   
Record de Francis Joyon / Idec Sport ( page 1 / 2 )
 

Temps partiels
(depuis Ouessant)
Équateur
Cap Bonne
Espérance
Cap des
Aiguilles
Cap
Leeuwin
Tasmanie
Anti-
méridien
Cap
Horn
Équateur
Ouessant
2011/2012
Loïck Peyron
Banque Pop. V
5j 14h
55m 10s
11j 21h
48m 18s
11j 23h
49m 18s
17j 23h
57m 18s
20j 7h
11m 33s
22j 11h
34m 12s
30j 22h
18m 48s
38j 2h
45m 48s
45j 13h
42m 53s
2015/2016
Yann Guichard
Spindrift 2
4j 21h
29m 2s
11j 22h
4m 2s
12j
2m 2s
18j 11h
25m 2s
20j 4h
37m 2s
22j 7h
43m 2s
30j 4h
7m 2s
39j 13h
31m 2s
47j 10h
59m 02s
2016/2017
Francis Joyon
Idec Sport
5j 18h
59m
12j 19h
28m
12j 21h
22m
17j 6h
59m
18j 18h
31m
20j 7h
4m
26j 15h
45m
35j 4h
9m
40j 23h
30m 30s


Résumé

Loïck Peyron / Banque Populaire V
Francis Joyon et ses cinq équipiers ont franchi la ligne de départ Ouessant-cap Lizard le vendredi 16 décembre 2016 à 8 heures, 19 minutes TU (9h 19m heure locale) à bord du trimaran Idec Sport.

Pour améliorer le record établi en 2012 par Loïck Peyron, à bord du trimaran Banque Populaire V, en 45 jours, 13 heures, 42 minutes et 53 secondes, les six hommes devaient avoir bouclé leur périple autour du monde avant le lundi 30 janvier 2017 à 22 heures, 0 minute et 53 secondes TU (23h 00' 53 " heure locale).

En coupant la ligne d’arrivée le jeudi 26 janvier 2017 à 7 heures, 49 minutes et 30 secondes TU, ils se sont emparés du Trophée Jules Verne après 40 jours, 23 heures, 30 minutes et 30 secondes de navigation depuis Ouessant. Ils améliorent le précédent record de 4 jours, 14 heures, 12 minutes et 23 secondes. Il s’agissait de leur troisième tentative.

Distance parcourue sur le fond : 26412 milles nautiques - moyenne : 26.86 noeuds
Distance orthodromique WSSRC : 21 600 milles nautiques - moyenne : 21.96 noeuds

Le trimaran Idec Sport (ex Groupama 3, détenteur du titre en 2010) est le seul bateau cité deux fois au palmarès du Trophée Jules Verne.

Pour ce tour du monde, Francis Joyon n’a choisi pour équipiers que des skippers confirmés, polyvalents, capables de prendre des initiatives à tout moment.

Qui peut le moins, peut le plus : Francis Joyon a fait un pari audacieux en misant sur Groupama 3, un bateau d'ancienne génération, plus petit, plus léger (18 tonnes contre 23 tonnes pour BP V), doté d’un "petit mât" de 33.5 mètres (au lieu de 45 mètres pour BP V), offrant ainsi moins de prise au vent, permettant d’embarquer des jeux de voiles moins lourds à transporter et un équipage réduit à 6 personnes (au lieu de 14 pour BP V).
En ce qui concerne les équipiers, le gain de poids peut être estimé à 200 kg par personne (avitaillement, équipements, affaires personnelles, réserve d’eau, équipements de secours, etc.) Soit une réduction de charge transportée de 200 kg X 8 = 1.6 tonnes de moins que Banque Populaire V.

Fort d'un avantage pondéral de près de 6.6 tonnes, par rapport à son concurrent virtuel, le "petit poucet" a su, à la faveur d'une météo favorable, se jouer des mers du Sud en restant calé sur une trajectoire tendue, à l’avant d’une même dépression, donc dans une mer "pas trop cabossée". De l'entrée dans les 40e rugissants dans l'Atlantique, à la pointe de la Nouvelle Zélande dans le Pacifique, le trimaran a avalé 8 071 milles nautiques en 10 jours, à la moyenne inouïe de 33.63 nœuds. Fait unique dans toutes les anales de la marine à voile !

Idec Sport comptait plus de 4 jours et 6 heures d'avance au franchissement du cap Horn. La perspective d'un record était déjà bien présente dans tous les esprits, même si personne n'osait l'évoquer. Il restait une étape redoutable à surmonter : la remontée de l'Atlantique. Au franchissement de l'Équateur, le "matelas" ne comptait plus que 2 jours et 22 heures d'avance avec un Pot au Noir qui s'annonçait compliqué. Francis Joyon et son routeur ont décidé de le contourner par l'Ouest. Option inhabituelle mais efficace puisque le trimaran n'a jamais été arrêté. Il a rapidement pu rejoindre les alizés d'Est pour achever ce tour du monde, en ligne droite à près de 30 nœuds de moyenne, avec 4 jours et 14 heures d'avance sur Banque Populaire V.

Paris tous gagnants et de bien belle manière !

Équipage : Francis Joyon - Sébastien Audigane - Gwénolé Gahinet - Alex Pella - Bernard Stamm - Clément Surtel
Routeur à terre : Marcel Van Triest


Marcel van Triest, routeur à terre : « Là, c’est fini. Depuis le milieu du Pacifique, je voyais déjà que le record était plus qu’envisageable. Mais depuis deux semaines, j’étais plus en mode « on peut tout perdre sur l’Atlantique ». Il restait tellement d’inconnues, et beaucoup d’angoisse. Plus qu’une explosion de joie, cette arrivée, c’est quelque part, pour moi, surtout un soulagement. »

- Loïck Peyron : « Bravo ! Un record est fait pour être battu et le bateau prouve que c’est souvent dans les vieux pots que l’on fait les meilleures soupes. Ce record est impressionnant. Ca donne envie d’y retourner… »

- Franck Cammas : « C'est un truc incroyable, une très belle histoire qu'on ne peut qu'applaudir des deux mains. Ce record peut tenir 30 ans ... »

- Yann Guichard : « Fanstatique exploit de Francis Joyon et sa bande! Une trace INCROYABLE... La barre symbolique de 40 jours n'est plus inimaginable... BRAVO!!! »

- Titouan Lamazou, président de l'association "Tour du monde en 80 jours" : « C’est forcément un grand jour, on est toujours très content quand il y a une arrivée de record autour du monde. Nous le sommes d’autant plus que le Trophée Jules Verne fête ses 25 ans cette année. Francis est un grand skipper qui vient prendre la suite de tous ceux qui l’ont précédé comme Peter Blake, Robin Knox-Johnson, Franck Cammas, Loïck Peyron… et j’en passe ! C’est une très belle victoire d’un équipage qui attire beaucoup de sympathie. Ils ont très joyeux et modestes. Ils me paraissent s’inscrire dans la lignée de coureurs au large comme Eric Tabarly. Il est vrai qu’ils ont réalisé une traversée assez exceptionnelle dans le Grand Sud, mais ça va dans la logique des choses que les records soient battus et provoquent ce type de navigation. Ce bateau était bien né. Il avait déjà un beau pédigrée et ils l’ont très bien préparé pour un équipage relativement réduit. Et il faut les saluer pour ça aussi. Il y a 25 ans, l’objectif était de faire moins de 80 jours. Désormais, il va s’agir de faire moins de 40 et on peut penser que pas mal de skippers vont essayer de ravir ce Trophée dont Francis vient de s’emparer. Pourvu que ça dure ! »

- Vincent Lauriot-Prévost, architecte naval : « Le choix de Francis Joyon de partir avec équipage réduit et un mât plus court a été le bon. Rappelons qu’Idec Sport est l’ancien Groupama 3, qui a subi une cure d’allègement lui permettant de gagner près de 4 tonnes sur le poids initial, ramené à un peu moins de 16 tonnes. Avec un mât plus court, il a gardé le même ratio poids/surface de voile, tout en abaissant son centre de voilure, avec des voiles plus légères donc des manœuvres plus faciles en équipage réduit, donc moins de poids, etc. C’est un vrai cercle vertueux !
Le mât plus court leur a aussi permis de gagner en stabilité longitudinale et donc de pousser plus fort. Voilà comment ils sont restés plusieurs jours devant une dépression et ont traversé l’Indien à plus de 35 nœuds de moyenne.
»


Compte rendu au jour le jour

 
de Ouessant à l'antiméridien
les informations non sourcées proviennent de : www.idecsport-sailing.com

01/12/16
Résumé des épisodes précédents
 
Le maxi trimaran Idec Sport, skippé par Francis Joyon, a effectué deux tentatives visant à améliorer le record du tour du monde à la voile, en équipage, dans le cadre du Trophée Jules Verne.

La première, du 22 novembre 2015 au 8 janvier 2016. Ils ont bouclé leur périple en 47 jours, 14 heures, 47 minutes et 38 secondes de navigation, temps supérieur au record détenu par Loïck Peyron en 45 jours, 13 heures, 42 minutes et 53 secondes.

La deuxième, du 20 au 26 novembre 2016, s'est soldée par un abandon, peu avant l'Equateur, en raison des conditions météo trop défavorables.
 
Trimaran Idec Sport

09/12/16
Une recrue de choix
 
Francis Joyon et sa team ont chosi une recrue de choix, en la personne de Sébastien Audigane, pour remplacer Boris Hermann, retenu par d'autres obligations professionnelles.

Marin éclectique et jovial, équipier modèle, reconnu pour ses exceptionnelles qualités de barreur, il cumule de multiples expériences, notamment une excellente connaissance du trimaran Groupama 3, rebaptisé Idec Sport. Inspiré par Olivier de Kersauson, il a navigué, autour du monde, sous la houlette de Bruno Peyron, Franck Cammas, Loïck Peyron et, l'an passé, de Yann Guichard.

Sébastien Audigane : « C’est Olivier de Kersauson qui le premier m’a inspiré cette envie de tourner le plus vite possible autour du monde. J’ai ainsi navigué à bord de Geronimo à mes débuts. J’ai connu la joie et la fierté de remporter le Trophée Jules Verne à bord du maxi catamaran Orange II de Bruno Peyron (en 2005), avec un certain Bernard Stamm. J’ai aussi navigué à bord de Banque Populaire V, mais je n’étais pas de la campagne victorieuse de Loïck Peyron. »
 
Équipage : Gwénolé Gahinet - Alex Pella - Sébastien Audigane - Francis Joyon - Clément Surtel - Bernard Stamm

13/12/16
Code orange
 
Francis Joyon, son équipage, et leur conseiller météo à terre Marcel van Triest observent avec attention les modèles météo européens et américains qui laissent à ce jour augurer de « chronos » intermédiaires intéressants à l’Equateur et à Bonne Espérance en cas de départ dès demain soir.

Les masses d’air évoluent avec une grande rapidité en cette saison et il convient de se montrer réactif pour accrocher le bon wagon et espérer enchainer sans transition avec les régimes d’alizés.

14/12/16
Code vert
 
Francis Joyon, son routeur à terre Marcel van Triest, ainsi que ses 5 équipiers du maxi-trimaran Idec Sport ont pris la décision de s’élancer dans la nuit de jeudi à vendredi prochain, du 15 au 16 décembre, à l’assaut du Trophée Jules Verne.

Dans des conditions de mer formée, et de vent soutenu, les hommes de IDEC SPORT sont résolus à tenter leur chance en s’engouffrant dans cette fenêtre météo qualifiée de « bonne et propice à réaliser un premier bon chrono à l’Equateur » souligne Francis Joyon.
 

15/12/16
Veillée d'armes
 
Francis Joyon et ses équipiers rejoindront le trimaran Idec Sport au milieu de la nuit. Ils envisagent de franchir la ligne Ouessant - Cap Lizard vendredi 16/12 entre 7h et 8h, pour s'élancer à l'assaut du Trophée Jules Verne pour la troisième fois.

Francis Joyon : « La situation météo n’est pas des plus faciles, mais elle est mieux que celle qui nous a vus partir la première fois cette année. On se prépare à partir plus ou moins tôt pour aller chercher le vent de Nord à l’approche de la pointe bretonne. Après une fois, qu’on l’aura attrapé, cela déroulera jusqu’à l’équateur. Le vent s’annonce mieux établi en Atlantique Nord que lors de notre dernière tentative qui a tourné court. Le vent au sud du Cap Vert paraît bien soutenu et le Pot au Noir semble beaucoup plus clair.

On commence à être habitué, même si on ne va pas dire que cela devient la routine, il faut quand même s’arracher à la terre pour aller faire un tour du monde. Le fait d’avoir fait un faux départ, nous a permis d’avoir un entraînement à ce genre de situation. Concrètement, on espère être à l’équateur en 5 jours et demi. L’Atlantique sud reste encore un peu flou, tout n’est pas très bien établi. On peut espérer le meilleur comme le pire, mais au bout d’un moment, il faut y aller !
»
 

16/12/16
Top départ
 
Le trimaran Idec Sport a franchi la ligne de départ du Trophée Jules Verne le vendredi 16 décembre 2016 à 8 heures, 19 minutes TU (9h 19m heure locale).

Le record à battre, d'une minute, a été établi le vendredi 6 janvier 2012, par Loïc Peyron à bord de Banque Popolaire V, en 45 jours, 13 heures, 42 minutes et 53 secondes.

Pour remporter le challenge, Idec Sport et son équipage devront donc avoir parcouru les 22 461 milles nautiques du parcours orthodromique avant le lundi 30 janvier 2017 à 22 heures, 0 minute et 53 secondes TU (23h 00' 53 " heure locale).
 
Idec Sport quitte le quai Malbert à Brest - photo © Yannick Le Bris pour www.photos-de-navires.fr

16/12/16
On est têtu
 
Francis Joyon : « Ce matin, les prévisions sont un petit peu meilleures que celles d’hier soir. On a des chances de rejoindre le vent de Nord favorable avec moins de risques de calmes.
La situation est plus confortable. En termes de visibilité météo, on voit clair jusqu’au large de l’Uruguay environ, jusqu’à 6000 milles d’ici. On est têtu, l’objectif reste le même : être de retour en moins de 45 jours.
On n’est pas des mathématiciens, il est toujours difficile de parler en pourcentages pour ce genre d’aventure. Mais on a une chance, c’est déjà beaucoup, et on est là pour la saisir !
»

Bilan jour 1 - distance en 24h : 585 mn - moyenne : 24.4 nds - reste : 21 901 mn - retard : 79.20 mn

17/12/16
Départ sauvage
 
Francis Joyon « L'attente a été un peu compliquée, on voyait la saison s'avancer. Passé fin décembre, le risque de ne pas pouvoir partir commençait a être réel. C'était un peu inquiétant pour moi.
Le départ a été un petit peu sauvage avec la mer limite déferlante au large d'Ouessant et après la grande houle face à la route, dans laquelle le bateau butait énormément. Depuis ce matin on a fait un dernier empannage au lever du jour. Ça glisse bien sur ce bord là, le bateau passe bien. Les conditions de mer permettent d'accélérer un petit peu. On a 31 nœuds de vent, grand-voile haute et J1, le plus grand solent.
On est un peu vent arrière et on va être obligé de faire un empannage pour repartir vers Madère. Puis on va jusqu'au Pot au Noir avec ce vent. On espère être à l'Equateur en 5 jours et quelques heures.
»

Bilan jour 2 - distance en 24h : 645 mn - moyenne : 26.9 nds - reste : 21 256 mn - retard : 73.30 mn

18/12/16
Iles Canaries
 
En 48 heures, Idec Sport a parcouru 1 230 milles nautiques, soit une vitesse moyenne de 25.63 noeuds.
A 3h30 TU, il comptait 95 milles nautiques de retard sur Banque Populaire V, le détenteur du record. Retard qu’il pourrait combler à la faveur du débordement par l’ouest de l’archipel des îles Canaries, dans un flux de nord - nord-est.

Francis Joyon : « Ça a glissé pas mal, on est content de notre progression. On a retrouvé une mer un peu plus régulière où le bateau passait mieux. Le vent est encore un peu nord pour être appelé de l’Alizé, mais cela devrait tenir jusqu’au Pot au Noir. On a prévu d’empanner dans une quinzaine d’heures et on fera route directement sur l’Equateur. Là on est sur des bords intermédiaires entre gennaker et J1 car le vent est beaucoup plus fort que prévu. On va renvoyer le gennaker pour voir si on a un petit progrès.

(…) On avait heurté un petit tronc d’arbre un peu pourri, qui nous avait esquinté les appendices. Thierry a refait ça. Le bateau est parfaitement nickel. Il est très très doux à la barre, facile à contrôler. On est content du travail fait chez Amco.

(…) Thomas Coville fait un parcours tout à fait top. Il va faire un temps canon sur ce tour du monde. Il a couru longtemps après et il a vraiment ce qu’il mérite en ayant une belle performance comme ça. »

Bilan jour 3 - distance en 24h : 584.40 mn - moyenne : 24.30 nds - reste : 20 734 mn - avance : 18.30 mn

19/12/16
Dans le vert à 270 milles du Cap Vert
 
Francis Joyon : « On est passé dans le vert, on est content. C’est un petit plaisir qu’on se fait à bord. On a essayé d’optimiser la trajectoire.

On attend une petite rotation de vent qui nous permettrait de passer une centaine de milles sous le vent de l’archipel. Ce serait bien parce que ça provoque des dévents très importants et le risque de rester collé sous les îles est réel. Le vent parait bien établi jusqu’au Pot au Noir.

Un petit peu plus bas, on pourra loffer un petit peu plus, serrer un peu plus le vent, accélérer de 3-4 nœuds et trouver des vitesses plus élevées, peut-être plus proches des 40 nœuds. On a la mer du vent, tout à fait correcte, sans les houles des dépressions Atlantiques.

Il va y avoir quelques manœuvres dans le Pot au Noir, le moins possible j’espère, sinon c’est encore bâbord amure pendant une bonne partie de l’Atlantique sud.
»

Bilan jour 4 - distance en 24h : 725.90 mn - moyenne : 30.20 nds - reste : 20 046.60 mn - avance : 92.30 mn
 

20/12/16
Cap sur le Pot
 
Francis Joyon et ses équipiers ont réalisé une très belle journée de navigation, enregistrant, à la clôture du jour 4, 725 milles nautiques parcourus, à la moyenne de 30.24 nœuds et une VMG de 27 nœuds. À ce moment là, leur avance sur le record s'élevait à 92.30 milles nautiques.
Pour éviter les dévents de l'archipel du Cap-Vert, Idec Sport est passé à 55 milles nautiques de l'ouest de l'île de Santo Antão, dans un vent orienté Nord-Est de 17 nœuds.
La prochaine problématique sera le franchissement du légendaire Pot-au-Noir, situé à 350 milles nautiques des étraves du trimaran et qui s'étend sur près de 100 milles nautiques en latitude.

Francis Joyon : « On a été à bloc toute la nuit, avec des pointes à 40 nœuds. Le vent n'est pas très régulier, ce n'est pas toujours facile de garder une vitesse constante. Là on est à 34 nœuds avec 25 nœuds de vent. Le Pot au noir a l'air de se reconstituer plutôt plus vite dans l'Est. En général on le passe assez Ouest, mais là, on va prendre une trajectoire pour aller le chercher un petit plus dans l'Est parce que ça devrait être un peu plus favorable. On va le passer vers 26° Ouest, plutôt que vers 28° qui est la moyenne d'habitude. On ne rentrera dans le Pot-au-Noir que ce soir, ce qui fait qu'on devrait continuer à bien avancer toute la journée. On était arrivé (le 26/11) avec des conditions qui n'étaient pas défavorables et ça s'est très mal passé. Donc là, forcément, il y a un petit peu d'inquiétude. Mais on se dit qu'on ne peut pas avoir deux fois de suite un Pot-au-Noir aussi difficile. Là, concrètement, on a l'impression que ça se passerait plutôt mieux. »

Bilan jour 5 - distance en 24h : 533.30 mn - moyenne : 22.2 nds - reste : 19 549.70 mn - avance : 161.60 mn

21/12/16
Tout ce qu'on sait, c'est qu'on ne sait rien
 
Francis Joyon : « On est entré dans le Pot-au-Noir en début de nuit. On a bataillé avec des premiers grains, des premiers calmes, un orage un peu brutal avec une pluie hyper intense. Là on est dans des conditions plus régulières avec un vent faible d’une direction inconnue pour nous. C’est du nord-ouest, donc une direction contraire à l’alizé.

On essaye de gagner vers le sud pour retrouver des vents plus normaux. L’Équateur en ligne de mire est un gros morceau qui déterminera notre temps. Cela dépend de ce Pot-au-Noir qui est toujours un peu capricieux. On attend le meilleur comme le pire. On ne sait pas trop.

Les conditions sont un peu molles, pas très rapides. Par contre elles ne sont pas casse-bateau comme la dernière fois. On échange avec Marcel ; tout ce qu’on peut dire, c’est qu’on ne sait rien. On peut mettre 24 heures pour aller à l’Équateur, qui est tout près, comme on peut mettre quelques heures.

Les alizés sont en place, ils ont plutôt tendance à remonter doucement vers nous. Ça, c’est positif. La seule inconnue est qu’il y a une zone de transition entre les alizés de nord-est et ceux de sud-est et il faut qu’on arrive à la franchir.

C’est toujours mieux d’être positionné plus à l’est parce qu’après on a un meilleur angle avec les alizés, du coup on peut allonger la foulée. Ça c’est plutôt bien. Après on n’a pas eu vraiment le choix, parce que les fichiers indiquaient que la situation était plus dégradée dans l’ouest, donc on est passé là où c’était le moins pire.
»

Bilan jour 6 - distance en 24h : 197.30 mn - moyenne : 8.22 nds - reste : 19 387 mn - retard : 55.50 mn
 

22/12/16
Équateur
 
En franchissant la latitude 0° N/S, le jeudi 22 décembre 2016 à 3 heures, 18 minutes (TU), après 5 jours, 18 heures et 59 minutes de navigation, Francis Joyon et ses cinq équipiers ont fait leur entrée dans l'hémisphère sud.

Loïck Peyron, avait réalisé un temps inférieur de 4 heures, 3 minutes et 50 secondes, le 27 novembre 2011.

Le record WSSRC de l'atlantique Nord, sur la distance Ouessant / Équateur, est détenu par Yann Guichard / Spindrift 2, en 4 jours, 21 heures et 45 minutes, depuis le 27 novembre 2015.

22/12/16
Plombé par le Pot
 
Francis Joyon : « On a perdu 18 heures de plus, dans le Pot, que ce qui était prévu sur les fichiers. On avait pris beaucoup d’avance sur la route. On avait un bon espoir de passer en 5 jours et en fait on s’est fait plomber par le Pot.

On a eu du vent de Sud-Est, on a pensé que c’était le bon vent. On a fait cap vers la route habituelle en direction de Sainte Hélène et en fait on a vu le vent refuser, mollir et on s’est retrouvé à tirer des bords dans très peu de vent. Un grain est arrivé il y a une demi heure et on a le bon vent, la bonne vitesse et on peut prendre le bon cap. Cela nous permet d’avoir un angle plutôt sympathique avec les alizés du Sud-Est. C'’est plutôt bien, mais c’est pas vraiment un choix.

À Bonne Espérance, on est pratiquement malheureusement sûr d’avoir du retard sur le temps de Loïck, mais cela ne sera pas catastrophique. On sait qu’on a beaucoup de temps à gagner si on a une remontée de l’atlantique favorable.
»

Bilan jour 7 - distance en 24h : 534.90 mn - moyenne : 22.29 nds - reste : 18 986.20 mn - retard : 150.80 mn
 

23/12/16
Latitude de Salvador
 
Francis Joyon : « On a encore un bon bout de chemin à faire avec cet alizé. On est à 33 nœuds, ça avance bien même si cela mollit entre les grains. Globalement ça marche.

On a une zone de transition, une dorsale anticyclonique à traverser. Selon le temps qu’on passera à la traverser, cela risque d’être plus ou moins bien. On est toujours dans l’inconnu pour le temps à Bonne Esperance, mais on craint d’avoir quand même du retard sur Loïck. C’est une quasi certitude. Les heures perdues dans le Pot-au-Noir vont compter double à Bonne Espérance. On va être en retard.

On va avoir du mal à rester en avant du système dépressionnaire, une fois franchie la transition. Quand on est dans le vent de Nord-Ouest, on va vite. Quand on est dans le vent de Sud-Ouest, c’est du vent perturbé avec une mer compliquée et on va beaucoup moins vite. On pique tout droit vers le sud, au 180 et quand le vent adonnera, on aura une succession d’empannages qui nous permettront de nous dégager de cette dorsale anticyclonique.
»

Bilan jour 8 - distance en 24h : 613 mn - moyenne : 25.54 nds - reste : 18 463.50 mn - retard : 101.40 mn

24/12/16
À l'approche de la latitude de Rio, la dorsale en ligne de mire
 
Alors que Thomas Coville s’apprête à boucler son tour du monde anthologique, Francis Joyon, roi déchu par l’impétueux trublion, dit " le petit fumier ", se prépare à en découdre avec la dorsale qui va contrarier une descente plein sud vers les 40e rugissants.

Idec Sport accuse un retard important en latitude par rapport à Banque Populaire V, partiellement compensé par un décalage dans l'est. Ce positionnement est tactiquement intéressant mais risqué. La fameuse Sainte-Hélène n'aimant pas trop que l'on vienne fricoter dans ses parages.

Francis Joyon : « On est un peu plutôt un petit peu plus rapide que le routage et quand on est plus rapide que le routage, on est toujours content. On a une mer qui s’est apaisée pendant la nuit et le vent adonne petit à petit. On était un petit peu au près débridé et on se retrouve presque au portant. On va envoyer le gennaker assez rapidement.

L’alizé est en train de mollir et l’objectif est de retrouver les vents d’Ouest situés beaucoup plus Sud. La zone de transition va être plus ou moins délicate à aborder. Selon les fichiers elle semble relativement facile à aborder rapidement, pour d’autres elle semble très difficile. On sait que cela ne va pas être de la tarte, donc on va faire avec. On va avoir pas mal de petit temps avec des vents portants et on est content d’avoir notre nouveau grand gennaker. On va essayer de prendre un petit couloir de vent qui permettra de se glisser entre les alizés d’Est et les vents d’Ouest et de garder un peu de pression pour continuer à avancer malgré les vents plus faibles. On sera dans le cœur de la dorsale demain vers 13h.
»

Bilan jour 9 - distance en 24h : 510.70 mn - moyenne : 21.28 nds - reste : 17 963.40 mn - retard : 282.70 mn
 

25/12/16
Conditions régulières par 28° Sud
 
Francis Joyon : « Nous approchons de la dorsale anticyclonique. Le ralentissement est normal, mais nous sommes moins ralentis que sur la prévision. Pour nous c’est bien. C’est notre cadeau de Noël météo.

L’objectif est de réussir à rejoindre les vents d’Ouest du Sud. Quand on sera au Nord de l’anticyclone on va faire un peu de près et après, petit à petit le vent adonnera et on se retrouvera au portant dans des vents d’Ouest. On a beaucoup manœuvré toute la journée hier, mais maintenant on a les conditions les plus régulières que l’on puisse imaginer depuis le départ.

Aujourd'hui, ça va être journée bricolage. On a pas mal de petites choses à réparer, mais dans l’ensemble le bateau est en bon état.
»

Bilan jour 10 - distance en 24h : 393.50 mn - moyenne : 16.40 nds - reste : 17 582.70 mn - retard : 665.10 mn

26/12/16
Objectif : les grands vents d'Ouest du Sud
 
Francis Joyon : « On est un petit peu en retard parce qu’on a eu beaucoup de manœuvres. On a fait des empannages, des virements, des changements de voile toute la nuit. Là on est au près, ça tape dur parce qu’on a la houle de face mais on avance à nouveau. On fait cap plein sud. C’était prévu dans la mesure où on savait qu’on avait cette zone très difficile à franchir alors que notre concurrent avait eu des conditions plus régulières. On savait qu’on paierait à ce moment là. On aura un temps moins bon à Bonne Espérance que Loïck, mais la dernière fois on a fait un temps à peu près équivalent à ce qu’on espère avoir et on en avait rattrapé une bonne partie au retour.
On est au nord d’un anticyclone qui va très vite être remplacé par du vent de secteur Nord-Ouest à Ouest. C’est ces grands vents d’Ouest qu’on part chercher au Sud.
»

Bilan jour 11 - distance en 24h : 564.80 mn - moyenne : 23.50 nds - reste : 17 017.90 mn - retard : 728.40 mn
 

27/12/16
On dirait le Sud
 
C'est la délivrance pour Idec Sport, qui a enfin accroché le train des vents d'ouest, caractéristiques des mers du Sud. Le trimaran naviguait, ce matin, à la clôture du onzième jour de navigation, par plus de 40° sud à près de 33 nœuds de moyenne, vitesse légèrement inférieure à celle de Banque Populaire V, son concurrent virtuel.
La prochaine inconnue décisive, sera la latitude à laquelle il franchira la longitude du Cap de Bonne Espérance, puis celle du Cap des Aiguilles. A priori, il ne lui sera pas possible de descendre en dessous de 43° sud, en raison du danger représenté par la présence d'icebergs.

Francis Joyon : « On a été content de passer la latitude qui marque l’entrée du grand Sud. On est à des bonnes vitesses, on roule direct sur le Cap (de Bonne Espérance), on vise même déjà plus loin, vers les Kerguelen.
C’est très sympa de voir le bateau avancer à plus de 30 nœuds en glissant. Hier on butait dans les vagues. On souffrait pour le bateau. Là, tout est en douceur, à glisser sous gennaker et grand-voile. On est content de renouer avec les hautes vitesses après avoir surmonté 3 obstacles assez terribles : le départ complètement douteux, le Pot-au-Noir plus difficile que prévu et la zone de transition qu’on a eu avant-hier. Malgré tout, le temps à Bonne Espérance va être assez correct. Donc on est content. Les vents vont nous accompagner jusqu’aux Kerguelen, peut-être un peu plus. Si on va très vite, on restera devant le système et on les gardera plus longtemps.
»

Bilan jour 12 - distance en 24h : 832.30 mn - moyenne : 34.68 nds - reste : 16 374.40 mn - retard : 587.60 mn

28/12/16
Bon pour le moral
 
À 9h30 TU, le trimaran naviguait allègrement à la vitesse instantanée de 38.9 nœuds... et à 4h TU, Idec Sport a parcouru 879.10 milles nautiques en 24 heures, soit une moyenne de 36.63 nœuds.
Le record WSSRC des 24 heures sur multicoque a été établi en 2009, par Pascal Bidegorry à bord du trimaran Banque Populaire V, avec 908.20 milles nautiques parcourus.

À la faveur de ces pointes de vitesse, Francis Joyon et ses équipiers, ont repris une partie de leur retard sur Banque Populaire V. Le débours ne s'élevait plus qu'à 369.20 milles nautiques à la clôture du 13e jour.

Francis Joyon : « On file à 40 nœuds et plus par moments, c’est très dynamique à bord. Ça se passe bien parce qu’on a une bonne visibilité. On a 33 nœuds de vent, on a pris un ris dans la nuit et on est passé sous J2. Le bateau marche vraiment bien, il aime bien cette allure. On est bien sûr sur les écoutes, mais la mer n’est pas encore formée, on navigue en sécurité et à plat.

On a ciblé de passer Bonne Espérance par 45° Sud, parce que plus Sud que ça, il y a beaucoup de glaçons, d’icebergs. On essaye de jouer un compromis entre les glaces et la route la plus Sud. On va être forcé de traverser des zones de glaces, c’est certain. Mais on va les traverser plutôt de jour pour avoir de la visibilité.

On est sur l’avant d’une dépression et plus longtemps on restera en avant, plus longtemps on ira vite. Si tout se passe bien, cela durera 6 jours, jusqu’à l’Australie. Du coup, on aurait moins d’une journée de retard à Bonne Espérance et on rattraperait encore du retard à Leeuwin. Mais c’est encore lointain pour vendre la peau de l’ours.
»

Bilan jour 13 - distance en 24h : 872.80 mn - moyenne : 36.37 nds - reste : 15 652.20 mn - retard : 369.20 mn
 

29/12/16
Cap de Bonne Espérance - Cap des Aiguilles
 
Francis Joyon et ses équipiers ont franchi la longitude 18° 28' 30" Est du cap de Bonne Espérance, à bord du trimaran Idec Sport, le jeudi 29 novembre 2016 à 3 heures et 47 minutes TU, après 12 jours, 19 heures, 28 minutes de navigation depuis Ouessant.

Ils accusent un retard de 21 heures, 39 minutes et 42 secondes sur le temps de référence établi par Loïck Peyron en 2011.

Idec Sport a dépassé la longitude 20° Est du cap des Aiguilles, marquant l'entrée dans l'océan Indien, le jeudi 29 décembre 2016 à 5 heures et 41 minutes TU, après 12 jours, 21 heures et 22 minutes de mer depuis Ouessant.

Son retard sur le temps de référence établi par Banque Populaire V en 2011 est de 21 heures, 32 minutes et 42 secondes.

29/12/16
Rythme endiablé
 
Francis Joyon : « J’avais pas vu le détail. 879 milles nautiques, c’est pas très loin du record absolu fait en multicoque en 24 heures. On était conscient d’aller vite et très content des performances du bateau dans ces conditions. Là on est encore sur une petite pointe à 40 nœuds. On a mis plus de toile à l’avant avec le J1 et on est sur le point de renvoyer la grand-voile. Ça marche bien.

On espère peut-être rattraper
(le retard sur le record) au niveau du Cap Leeuwin, si tout se passe bien. Ça va pas être facile mais on va essayer. On espère rester encore au moins 3 jours à l’avant (du front), cela dépend un peu de sa vitesse de déplacement. On va le plus vite possible pour rester devant. Une fois qu’on est rattrapé, on va beaucoup moins vite, on se retrouve dans des vents irréguliers, des mers croisées.

On est obligé d’être en veille permanente pour les icebergs. Le radar est en veille continue et le barreur en veille visuelle tout le temps. On module un petit peu la route. Si il y a une heure de perdue, on accepte de la perdre pour ne pas plonger trop Sud dans les icebergs. On va descendre pas très loin des 50e et traverser des zones où il y aura des icebergs.

En aucun on ne plongera aussi Sud que la dernière fois, par 55-56° Sud, on serait ralenti par le système météo. Donc la route sera plus longue et on ne fera pas un meilleur temps
(dans l'Indien) que l’année dernière. »

Bilan jour 14 - distance en 24h : 872.30 mn - moyenne : 36.35 nds - reste : 14 834.20 mn - retard : 294 mn

30/12/16
Moment décisif pour le record
 
Francis Joyon : « La barre a décroché à deux reprises, une fois avec moi, une fois avec Alex, dans des vitesses de 44-45 nœuds. D’un coup le safran se bloque, le bateau part à l’abattée, le barreur choque le chariot, les gars aux écoutes choquent toutes les voiles. On reborde tout. C’est un peu la panique, c’est assez sportif tout ça.

L’eau est à 4.4°, on surveille une baisse de température qui serait liée à l’approche d’un iceberg. On en a eu un cette nuit tout près du bateau, du coup, on est hyper vigilant avec ça. On a les yeux en permanence sur le radar et sur la température de l’eau. Il y a des icebergs qui se trimbalent au Sud des Kerguelen, il faudra être très vigilant à ce moment là.

On est très content de voir que le bateau a le potentiel de faire tant de milles nautiques en 24 heures. Il a une très belle carène qui passe bien dans la mer et il est très léger. L’un est l’autre font que cela correspond bien aux conditions du grand Sud.

On est très très motivé. Il faut qu’on fasse une moyenne de 36 nœuds pour espérer rester devant la dépression qui nous suit. Il faut aller à une vitesse égale à son déplacement pour être dans le coup. C’est notre priorité en ce moment. La marge de manœuvre est excellente si on arrive à rester devant le front. C’est un peu maintenant que le Trophée se joue.
»

Bilan jour 15 - distance en 24h : 869.40 mn - moyenne : 36.23 nds - reste : 14 112.60 mn - retard : 117.40 mn
 

31/12/16
Indien vaut mieux que deux tu l'auras
 
Olivier de Kersauson a toujours détesté l'océan Indien, qu'il qualifiait "de cochon, d'auberge à punaises". Il avait "presque une animosité physique pour cet océan".

Francis Joyon, lui, il l'adore. C'est son truc, le bac à sable de son enfance, son jardin d'Eden. Il s'y sent bien. La preuve en est, son fabuleux record WSSRC de la traversée de l'océan Indien en 2015 et ses performances 2016 : il n'a pas fait moins de 800 milles nautiques sur 24 heures, depuis le 28/12 à 1h30 TU. Ce matin, à 10h TU, il naviguait encore à 36.8 noeuds de moyenne par plus de 51° Sud.

Francis Joyon : « On est en approche des Kerguelen. Il n’y a pas beaucoup de visibilité, il fait un peu froid. Ce n’est pas dramatique. On a connu pire en 2015 quand on est passé au Sud de l’île. C’est la première fois que je fais de telles moyennes. Le bateau a une capacité d’aligner les milles impressionnante, alors qu’on est dans des conditions difficiles puisque le bateau est chargé avec tout l’avitaillement, le matériel de secours d’un tour du monde. On est en configuration pas très rapide, dans des mers difficiles avec des risques d’iceberg, le froid. Malgré cela on n’est pas si loin que ça du loin du record des 24 heures. Ça laisse penser à des projets futurs.

On fait ligne directe bâbord amure depuis plusieurs jours. On grignote, on grignote. On voit le grand bateau bleu qui est devant nous, virtuellement, et on le rattrape bien. On est vraiment content de cette progression rapide. On reste bien positionné par rapport au système météo et Leeuwin pourrait être abordé à bonne vitesse. Avec des journées à 878 milles nautiques, on fait des pas de géant à travers les océans.
»

Bilan jour 16 - distance en 24h : 856 mn - moyenne : 35.67 nds - reste : 13 455 mn - avance : 180.70 mn

01/01/17
Idec contrôlé positif
 
À 11h TU, Idec Sport naviguait encore à l’avant du front, à la moyenne de 35 nœuds, cap au 95, propulsé par des vents de secteur Nord-Ouest de 23 nœuds.

Hier, peu après 17h TU, trimaran a été contrôlé positif… Il a en effet effacé la totalité de son retard sur Banque Populaire V, qui s’élevait, le 26 décembre, à 755 milles nautiques. Son avance actuelle est de près de 200 milles nautiques.

Peu nombreux sont ceux qui auraient parié sur une telle performance. Francis Joyon et ses équipiers ont tiré profit de la météo particulièrement favorable, et d’une trajectoire presque rectiligne par 51° sud, cap au 90, alors que Loïck Peyron avait été obligé de remonter à deux reprises 4° plus au Nord.

Francis Joyon : « On apprécie une telle ligne droite dans des vents de Nord-Ouest de 25-35 nœuds, qui sont les plus stables. Le vent va passer au Nord, on va être avec des vents de travers assez forts. Cela va être moins facile à gérer, moins confortable. Cela va faire de la mer qui nous freinera. Est-ce qu’on passera bien ou moins bien ? On est encore un petit peu dans l’inconnu. On restera bâbord amure jusqu’au Cap Leeuwin et peut-être même jusqu’en nouvelle Zélande. »

Bilan jour 17 - distance en 24h : 803.90 mn - moyenne : 33.50 nds - reste : 12 809 mn - avance : 446.60 mn
 

02/01/17
Cap Leeuwin : distribution des accessits
 
Idec Sport a dépassé la longitude 115° 08' 09" Est marquant le franchissement du Cap Leeuwin, le lundi 2 janvier 2017 à 15h18 TU, après 17 jours, 6 heures, 59 minutes de mer depuis Ouessant.

Francis Joyon et ses équipiers améliorent de 16 heures 58 minutes le temps intermédiaire de référence sur la même distance, établi en 17 jours, 23 heures et 57 minutes, le 10 décembre 2011, par Loïck Peyron, à bord du trimaran Banque Populaire V.

Précisions utiles : le WSSRC, seul organisme certificateur des records mondiaux, a décidé en 2005 que le record de l'Océan Indien devait être calculé du Cap des Aiguilles à la Pointe Sud de la Tasmanie. Par la force des choses, le Cap de Bonne Espérance et le Cap Leeuwin sont tombés en désuétude, même s'ils constituent encore une marque de passage symbolique. Les temps constatés aujourd'hui ne sont donc que des temps intermédiaires de référence.

Plusieurs autres temps intermédiaires de référence ont été améliorés par Francis Joyon :
- Cap de Bonne Espérance - Cap Leeuwin : 4 jours, 11 heures et 31 minutes (ex-détenteur : F. Joyon 5j 15h 26m en 2015)
- Cap des Aiguilles - Cap Leeuwin : 4 jours, 9 heures et 37 minutes (ex-détenteur : F. Joyon 2015 5j 11h 23m en 2015)
- Équateur - Cap Leeuwin : 11 jours et 12 heures (ex-détenteur Loïck Peyron 12j 9h 2m en 2011)
 

02/01/17
Entre rugissants et hurlants
 
Les conditions météo semblent devoir permettre à Francis Joyon et ses équipiers de rester positionnés à la lisière des 40e rugissants et des 50e hurlants. En 2011, sous l'Australie, Loïck Peyron avait dû remonter à 42° Sud pour retrouver de la pression. À ce jeu là, non seulement on perd beaucoup de VMG à la remontée mais également à la redescente. A suivre...

Francis Joyon : « Grosse journée hier avec énormément de manœuvres dans un front qui n’était pas prévu. Rafales à 40 nœuds avec une mer dans laquelle le bateau passait très mal.

On est pratiquement au près à 65-70° du vent qui a un peu faibli, mais il est en train de forcir à nouveau, en restant sur l’avant du travers. Forcément, on ne peut donc pas aller aussi vite qu’au portant.

On est resté devant la dépression mais une autre dépression secondaire qui était au nord, descend vers nous. Le temps que ces deux dépressions se rejoignent, on va être contrarié par des vents forts par le travers. Il faudra faire le dos rond pendant une douzaine d’heures, puis on retrouvera le système plus classique de portant et la glisse. Dans 7-8 heures on va incurver un peu plus à droite, pour avoir un meilleur angle par rapport au vent, pour garder de la vitesse. On fera peut-être un cap 10-20° plus abattu, en restant bâbord amure.

Le Pacifique s’annonce pas mal avec une circulation de dépressions qu’il n’y avait pas l’année dernière.
»

Bilan jour 18 - distance en 24h : 716.70 mn - moyenne : 29.86 nds - reste : 12 146.40 mn - avance : 725.40 mn

03/01/17
Idec Sport prend la corde
 
Comme Francis Joyon l'avait annoncé hier, Idec Sport a incurvé sa trajectoire et fait actuellement cap au 104° par 53° 30' Sud, à la vitesse de 34 noeuds, avec une VMG (vitesse efficace vers l'objectif) de 32.5 noeuds, soit 94.8 % de la vitesse.

Le différentiel avec Banque Populaire V, qui était de 725.40 milles nautiques à la clôture du 18e jour de navigation, ne peut qu'exploser dans les prochaines heures, en raison du positionnement très Sud d'Idec Sport, sur une trajectoire plus courte par rapport au Cap Horn.

À la pointe Sud de la Tasmanie, Francis Joyon et ses équipiers devraient empocher leur 1er record WSSRC de ce tour du monde : la traversée de l'océan Indien en près de 6 jours. Exceptionnel !!!

Francis Joyon : « On est à 115-120° du vent, une allure qui permet d’avoir de la vitesse et ne pas trop buter dans les vagues. On va descendre jusqu’à 55° Sud, le vent adonnera à ce moment là et on remontera pour retrouver un angle à 130-140° du vent qui permet au bateau d’aller vraiment vite.

L’année dernière on a eu un Pacifique très très mou avec assez peu de vent. Cette année on va avoir un Pacifique plutôt dynamique, avec des dépressions, des fronts qui circulent bien. On espère un Pacifique rapide.

On a beaucoup de petites bricoles, des trucs assez faciles réparer. On à bord des kits de résine, un peu de matériel qui permettent de faire face aux petites casses causées par les impacts des vagues sur le pont. Le bateau est frais au niveau gréement, voiles, structure etc.

Nous on a eu un passage un peu difficile. Dans la nuit, le bateau tapait énormément dans une mer de face. On a du ralentir beaucoup. Quand on aura réussi à récupérer on sera tous frais. »

Bilan jour 19 - distance en 24h : 816.90 mn - moyenne : 34.04 nds - reste : 11 433 mn - avance : 1 059.60 mn
 

04/01/17
Mode de calcul des temps des records par le WSSRC
Le WSSRC est le seul organisme ratificateur des records à la voile pour le monde entier.
Il fut une époque où le GPS n'existant pas, le WSSRC n'avait pour seule source d'information que les dires des skippers. À l'heure actuelle, le WSSRC ne prend plus en compte les déclarations des équipes mais uniquement les relevés du suivi GPS.

Le point de départ d'un record intermédiaire est le dernier point GPS connu avant le franchissement du premier waypoint et le point d'arrivée est le premier point GPS connu après le franchissement du deuxième waypoint.

Vous avez compris ? Non ?

Pour l'exemple, prenons le cas du record de l'océan Indien, battu par Francis Joyon en 2015 en 6 jours, 23 heures et 4 minutes :
- dernier point GPS avant le franchissement de la longitude du cap des Aiguilles (20° E): le 5/12/15 à 10h30 TU
- premier point GPS après le franchissement de la longitude de la Tasmanie (146° 49' E) : le 12/12/15 à 10h30 TU

Voilà comment le WSSRC est arrivé à 7 jours pile-poil, majorant ainsi de 56 minutes le chrono réalisé par Francis Joyon.

Plus la fréquence des points GPS est rapprochée, plus le record WSSRC sera proche de la réalité. Dans l'absolu, l'idéal serait de pouvoir produire un relevé comportant un point GPS toutes les minutes. Mais cela coute très cher...

Tout ceci explique pourquoi les temps des records ne peuvent être communiqués que sous réserve de ratification par le WSSRC, en lui laissant le temps de faire sa petite cuisine interne.

04/01/17
Tasmanie : distribution des prix
 
Idec Sport a dépassé la longitude 146° 49' Est marquant le franchissement de la pointe sud de la Tasmanie, le mardi 4 janvier 2017 à 2 heures et 50 minutes TU.

Francis Joyon et ses 5 équipiers s'adjugent le record WSSRC de la traversée de l'Océan Indien, Cap des Aiguilles - Tasmanie, en 5 jours, 21 heures et 9 minutes. Le précédent record avait été établi, en 2015, par le même Francis Joyon à bord du même Idec Sport, en 7 jours (temps ajusté et ratifié par le WSSRC).

Le trimaran fixe, un nouveau temps de référence entre Ouessant et la Tasmanie, en 18 jours, 18 heures et 31 minutes. Idec Sport compte 1 jour, 12 heures et 40 minutes d'avance sur le record 2011/2012 de Banque Populaire V. Le précédent temps de référence sur la même distance, avait été réalisé par Yann Guichard en 2015, en 20 jours, 4 heures et 37 minutes.

Un autre temps intermédiaire de référence a été amélioré par Idec Sport :
- Cap Leeuwin - Tasmanie : 1 jour, 11 heures et 32 minutes (ex-détenteur : Francis Joyon 1j 11h 41m en 2015)
 

04/01/17
Excès de vitesse
 
Francis Joyon : « J’ai affiché "vitesse maxi 40 nœuds" parce que les garçons exagèrent tellement qu’on était à la limite de l’autodestruction du bateau. J’ai dû calmer un petit peu le jeu. On était vent de travers et quand il y avait des rafales, il fallait ouvrir les voiles, les reborder etc.

Depuis quelques heures, le vent est repassé portant. C’est plus facile pour nous. Le bateau aime bien l’angle à 130°, trois-quarts sur l’arrière du bateau. Quand on a des rafales, on abat un petit peu et on arrive à garder des vitesses plus soutenues et plus constantes. Les dernières heures, la mer était forte, avec 38-40 nœuds de vent. Cela à baissé à 35 nœuds et là ça baisse encore mais ça reste des vents forts. Du coup il y a à peu près 5 mètres de houle, la mer est assez déferlante.

On regarde la météo, on projette les routes possibles. On voit que le Cap Horn est assez accessible. Il n’y a pas d’énorme obstacle météo à part un anticyclone qui bouche un peu le passage à mi-Pacifique. Il laisserait un petit passage en descendant assez Sud. Le Pacifique resterait relativement rapide. Correct ! Très correct !
»

Bilan jour 20 - distance en 24h : 801.50 mn - moyenne : 33.40 nds - reste : 10 793.30 mn - avance : 1 028.40 mn

05/01/17
Perspectives
 
Idec Sport avançait à la vitesse de 32.50 nœuds, à la clôture du 20e jour de navigation, cap au 73, avec une VMG de 20.4 nœuds. L'écart avec Banque Populaire s'est stabilisé autour des 1000 milles nautiques. Compte tenu de la trajectoire envisagée par Francis Joyon, il devrait se réduire dans un premier temps, puis retrouver sensiblement le même niveau à l'issue des 3 prochaines journées de navigation.

À partir de la Nouvelle Zélande, l'analyse des milles nautiques parcourus en 24 heures est moins probante que celle du restant à parcourir pour rejoindre Ouessant, via le juge de paix que constitue le goulet d'étranglement du Cap Horn. En se basant sur ce critère, on constate qu'en 2012, Loïck Peyron avait connu, dans le Pacifique, deux journées moyennes et deux très mauvaises.

Jour 25 : diminution du restant à parcourir de 163 mn,
Jour 26 : diminution du restant à parcourir de 410 mn,
Jour 28 : diminution du restant à parcourir de 400 mn,
Jour 29 : diminution du restant à parcourir de 224 mn.

Si, dans le Pacifique, les conditions météo, s'avéraient être conformes aux prévisions actuelles, Francis Joyon pourrait en tirer bénéfice, pour, au franchissement du Cap Horn, au pire maintenir son avance au niveau actuel et au mieux l'augmenter significativement.

Francis Joyon : « Dans les 10 heures à venir, la dépression qui nous a bien aidés à traverser l’Indien, va s’arrêter là. L’idée est de monter un petit peu au Nord, de faire un empannage et de redescendre en passant par autre système qui est devant nous. On a renvoyé toute la grand-voile et on va surement faire un peu de gennaker dans la nuit aussi. Par contre quand nous serons dans la nouvelle dépression, ce sera à nouveau les petites voiles. Je pense que le Pacifique Sud est moins chargé en glace que ne l’était l’Atlantique. »

Bilan jour 21 - distance en 24h : 528 mn - moyenne : 22 nds - reste : 10 377.50 mn - avance : 805.80 mn

05/01/17
Antiméridien
 
Francis Joyon et ses 5 équipiers ont coupé la longitude 180° E/W, marquant le franchissement de l'antiméridien, le jeudi 5 janvier 2017 à 15 heures et 23 minutes TU, soit après 20 jours, 7 heures et 4 minutes de mer depuis Ouessant.

Idec Sport compte une avance de 2 jours, 4 heures et 30 minutes sur son concurrent virtuel Banque Populaire V.