Trophée Jules Verne 2011
2012
 
Record de Loïc Peyron / Banque Populaire V ( page 2 / 2 )
 
 
Ouessant /
antiméridien
de l'antiméridien à Ouessant
 
 
14/12/11
Antiméridien : le trimaran Banque Populaire V a franchi la marque symbolique que contitue l'antiméridien (longitude 180° Est / 180° Ouest), le mercredi 14 décembre 2011, à 20 heures, 5 minutes et 54 secondes TU, soit après 22 jours, 11 heures, 34 minutes et 12 secondes de navigation depuis Ouessant.

En 2010, Franck Cammas avait mis 25 jours, 7 heures, 36 minutes et 36 secondes pour parcourir le même tronçon.

À ce point géographique, Loïck Peyron compte 2 jours, 20 heures, 2 minutes et 24 secondes d'avance sur le record 2010 de Franck Cammas.
 
 
15/12/11
Le dos rond - Florent Chastel : « C'est en train de se calmer, la mer est en train de se ranger. Pendant 8 heures, ce n'était plus de la course. On a essayé de passer en faisant un peu le dos rond. On était au reaching à 90 ° du vent, la grand voile avec 3 ris, très bordée pour stabiliser le bateau, et l'orc bien ouvert. On commence à renvoyer de la toile tranquillement et on va reprendre la course. (...) On file vers l'est en étant très sud à 56-57°. La route sud nous est un peu barrée. Il y a trop de glaces pour aller s'aventurer là bas. Ce serait de la roulette Russe. Là on est à 26 nds avec 36 nds de vent. »
Marcel van Triest, routeur à terre : « Il y a eu 8 heures compliquées avec une mer très courte et du vent jusqu'à 40 nds. Ils ont passé le pire. Là on est bloqués par le champ de glaces qui est devant nous. On est forcés de monter au nord, pour le contourner, puis on va tomber dans une dorsale anticyclonique qui va nous couter pas mal de temps. Mais on n'a pas le choix. En passant au nord, on rate un système favorable à 4-6 heures près. Donc cela ne va pas être très rapide pour aller jusqu'au Cap Horn. (...) Pour moi, le Cap Horn sera pour dans 7 à 7.5 jours. Ils vont perdre la moitié de leur avance. Tout se jouera dans la remontée de l'Atlantique. » Bilan du jour 23 - distance : 552.40 mn - moyenne : 23.02 nds - avance : 1882.10 mn
 
16/12/11
Tempête en Bretagne, petite pétole dans le grand sud... - Yvan Ravussin : « Il fait nuit, il fait froid, il n'y a pas beaucoup de vent, il y a une dizaine de noeuds. On fait glisser sous gennaker, en attendant un refus pour mettre le solent et effectuer un peu de près le long d'une bordure de glace. On a tracé une zone interdite pour nous. Ensuite le vent va revenir par l'arrière et on attaquera un reaching pour doucement se remettre en route en direction du Horn. Tout va bien, ça nous permet de récupérer et de voir la suite. Un jour c'est magnifique, le lendemain c'est l'enfer, le surlendemain c'est un bonheur. Aujourd'hui on a passé une journée assez extraordinaire. On se serait crus aux alizés avec la température en moins. Il y avait du soleil, du vent, le bateau glissait à 35-36 nds. C'était fantastique. La petite pétole que nous avons en ce moment nous permet de nous ressourcer, d'envisager un check du bateau et d'économiser notre énergie pour la suite. (...) On a vu tout un chapelet d'icebergs avec celui qui est énorme au fond. On ne se rend pas compte de la taille. C'est un spectacle impressionnant, unique, grandiose. »
Bilan du jour 24 - distance parcourue : 655.90 mn - moyenne : 27.33 nds - avance : 1794.60 mn
 
 
17/12/11
L'histoire du pain noir - BPV a parcouru 265 mn sur les dernières 24 heures. Loïck Peyron : « Ça va parfaitement bien sur le maxi. On a peu souffert par manque de vent depuis une douzaine d'heures et puis ça repart tranquillement, mais surement. On est au nord de nos fameux icebergs. Plus ça va et plus on s'aperçoit qu'il y en a encore plus devant nous. Ils forment un tapis grand comme deux fois la France. Voilà pourquoi on rallonge encore plus la route. Là, il fait nuit et on fait attention. Les garçons sur le pont ont les yeux sont rivés sur le radar, en espérant détecter l'éventuel gros iceberg et surtout définir si il y a des petits à coté. Ceux que l'on voit sur la carte satellite, ce sont les gros qui font au moins une centaine de mètres. Ils fondent et génèrent des petits qui ne sont pas répertoriés. Dans la journée de demain on va couper le fromage, mais cela ne va pas être simple car il y en a vraiment beaucoup encore devant nous. On a fait un grand nettoyage du bateau et un grand check de fond en comble. Tout va bien. (...) Le passage du Cap Horn est prévu vers le 22-23 décembre, ce qui laisserait encore une petite marge d'avance. Les schémas météo ne sont pas des plus jolis à voir pour l'instant. Pour l'Atlantique, on a des tendances sur deux semaines. Certaines prévisions ne sont pas trop mauvaises, d'autres ne sont pas terribles. Donc on verra bien. Comme toutes les courses à la voile, la chasse aux records est assez élastique. On le sait depuis le départ et même avant de partir. » Bilan du jour 25 - distance parcourue : 265.20 mn - moyenne : 11.05 nds - avance : 1283.30 mn
 
18/12/11
Ça remue - Pascal Bidégorry : « Quand vous bossez sur la construction d'un bateau pendant quatre ans, sa mise au point, qui n'a pas été simple, ça remue, le mot est faible. Il existe un lien affectif avec les marins, avec qui j'ai bossé pendant plusieurs années. J'ai eu des messages de tout le monde quand ils sont partis. Je n'ai jamais dit des bateaux que c'étaient mes bateaux, mais celui-là je pense que c'était vraiment le cas. Il y a de toute l'équipe et un petit peu de moi aussi, partout, partout... (...) La séparation avec Banque Populaire s'est passée il y a quelques mois, et je pense que j'ai maintenant la lucidité nécessaire pour avoir un raisonnement clair sur ce qu'il s'est passé. Je ne pourrais jamais dire que je trouve ça normal. Je trouve ça choquant dans ce milieu-là. (...) Je souhaite plein de bonnes choses à tout l'équipage. »
Source : www.lequipe.fr
 
18/12/11
Noir c'est noir - Loïck Peyron : « Il fait nuit et puis ça va pas terrible. On a ralenti depuis la nuit tombée, avec beaucoup de mauvaises surprises au radar. Avec 27 nds de vent en ce moment, on est sous grand voile à deux ris, toute seule. On vient de se détourner deux fois de suite plein sud pour éviter deux gros échos radar. On essaye de passer à chaque fois à plus de 5-6 milles de l'écho en question. On attend que le jour arrive pour réaccélérer et sortir définitivement de cette zone. Mais cela ne va pas être simple. C'est long mais surtout assez angoissant car le moindre petit morceau de glace, non repérable au radar et pas visible de nuit, peut fracasser une coque, ou deux, ou trois, d'un coup. Ceux qui dorment sont les pieds vers l'avant car il vaut mieux se fracasser les chevilles que la nuque, en cas de choc. On avance à 15 nds environ, le plus doucement possible, dans la direction de la sortie de cette zone très dangereuse. Dès que le jour arrivera cela s'arrangera beaucoup mieux, pour autant que la mer se calme un petit peu, car en plus de ça, on est contre le vent dans une mer abominable. C'est un Pacifique qui ne l'est pas du tout. »
Bilan du jour 26 - distance parcourue : 440.30 mn - moyenne : 18.35 nds - avance : 1024.40 mn
 
 
19/12/11
Growler à bâbord - Thierry Duprey : « Ça va très très bien ce matin, ça glisse. Nous sommes actuellement sous grand voile haute et gennaker, après une petite nuit à allure réduite, pour naviguer avec prudence au milieu des icebergs. On en a vu cette nuit au radar, et à la tombée de la nuit, on a croisé un growler, qu'on a évité, mais qui a longé le flotteur au vent. Du coup, on a redoublé de prudence, on a roulé la voile d'avant, on est restés sous grand voile seule pour avoir une très bonne visibilité devant et on a redoublé la veille à l'extérieur, en attendant le petit jour, pour pouvoir renvoyer la toile. On était tous impatients et curieux de croiser un iceberg, mais ça commence à durer un peu. C'est un peu stressant. » Sébastien Duclos, directeur adjoint du team BP : « La marche du bateau a été ralentie pour ne prendre aucun risque, le quart de stand by a été modifié pour qu'il y ait plus de personnes sur le pont et ils ont utilisé des lunettes infrarouge pour identifier, la nuit, des glaces invisibles sur le radar. D'ici demain, ils vont retrouver un flux de sud-ouest, d'environ 20nds, qui va les emmener en route directe sur le cap Horn. »
Bilan du jour 27 - distance parcourue : 604.10 mn - moyenne : 25.17 nds - avance : 921 mn
 
20/12/11
Un Cap Horn, cela se mérite - Loïck Peyron : « Dans quelques jours, nous quitterons les grands territoires. Un Horn à franchir et ce sera le retour vers des océans moins capiteux. Un cap Horn qui sera une grande première pour la moitié de ce bel équipage. J'ai intérêt à faire en sorte que nous y passions relativement près, et de jour si possible, au risque de voir fomenter une mutinerie motivée par l'intérêt touristique. Mais pas seulement, car ce cap reste, pour les marins et beaucoup d'autres, l'un des passages maritimes les plus symboliques qui soient. Parce qu'il suffit de l'évoquer, à bord d‘un navire ou dans un dîner en ville, pour sentir le souffle puissant des grandes latitudes et y voir les mousses trembler de froid, les pieds dans des sabots, accrochés aux vergues des trois mats barques qui s'y faisaient secouer. Un cap Horn, cela se mérite. C'est la porte d'un purgatoire, quand l'enfer du Sud nous a accordé sa clémence et son droit de passage. A ce pic s'accrochent toutes les croyances et espoirs des femmes de marin qui, à terre, sortaient quelques sous de leur jupons pour accrocher des ex-voto dans les chapelles bretonnes. Avec ce retour dans l'Atlantique sud, nous saluerons nos derniers compagnons de voyage, les albatros. »
Source : carnet de bord de Loïck Peyron pour www.lemonde.fr
 
 
20/12/11
Au menu : salade de museau - Loïck Peyron : « On vient d'empanner une deuxième fois depuis ce matin. On se bagarre dans des vents très compliqués, dans une petite dorsale anticyclonique qui est un vrai passage à niveau, fermé pour l'instant. Elle avance un peu plus vite que nous et on butte derrière. Quand on essaye d'aller un peu plus vers le sud on a une mer très formée et très peu de vent, ce qui fait qu'on ne peut pas avancer. On ne fait jamais d'est, on tire des bords, un coup dans le nord-est, un coup dans le sud-est et la vitesse de progression vers l'est est extrêmement faible, certainement inférieure à sa vitesse de déplacement. Là on a 8 nds de vent, on avance à 11 nds et pas du tout sur la route. On a connu des jours meilleurs. On risque de mettre au moins 24 heures de plus que prévu. C'est pas trop grave mais c'est surtout dommage. (...) En mer, on sait toujours que le lendemain peut être meilleur, ou pire parfois. Il n'y a aucune raison de se plaindre quand on a la chance de choisir ses souffrances. C'est toujours agréable de se bagarrer plutôt que d'avoir 15000 milles d'avance sur un concurrent. Là, on le sent tout proche, le souffle frais, le museau bien rafraichi. Ils sont en train de débouler virtuellement à 28nds alors que nous ne sommes même pas à 8 ou 10nds. C'est sympa, cela fait frémir un peu. Il faudra se bagarrer d'autant plus, tant mieux. C'est toujours sympa d'avoir une référence et surtout une belle référence, ce qui est le cas de ce record. On espère se refaire à partir du Cap Horn car les conditions de l'Atlantique sud ne sont pas trop mauvaises, même si elles se dégradent en ce moment. En tous cas, elles sont un peu meilleures que ce que nos amis avaient eu il y a deux ans. Le passage du Cap Horn est prévu le 23 dans la journée. »
Bilan du jour 28 - distance parcourue : 394.40 mn - moyenne : 16.43 nds - avance : 837.80 mn
 
 
21/12/11
Conseil de famille par 61° sud - Bruno Peyron : « En 1993, une convergence de mauvais temps et de route obligatoire, ont fait que nous avons été obligés de subir des vents de 85nds, pratiquement à l'endroit où est Loïck aujourd'hui. C'était plus de la survie que de la course. (...) Le tour du monde absolu était, à l'époque, de 109 jours. Passer de 109 jours à 80 jours n'était même pas dans notre objectif. On y était allés en reconnaissance avant d'essayer de concevoir et de construire des bateaux capables de le faire. Les progrès de la technologie et de la connaissance de la météo ont été à une vitesse absolument dingue. La voile est un des sports dans lesquels ils ont été les plus spectaculaires dans les 30 dernières années. Il n'y a pas si longtemps que ça, on faisait une transat en 30 jours. Maintenant, en 30 jours, on est au Cap Horn. (...) L'avance est en train de se réduire, cela fait partie de la compétition un peu virtuelle contre les records, mais ce n'est pas un mal pour l'histoire du record. Ce bateau aurait eu le potentiel pour le tuer en 42-43 jours. » Loïck Peyron : « Au Horn, ça va être un peu violent et j'ai un petit dilemme, car passer tout près du cap, à la demande de la moitié de l'équipage qui ne l'a jamais vu, et ce serait normal, ce serait exaucer des voeux très sympas, mais par contre ça risque d'être dans 35-40nds de vent et je ne suis pas très chaud. On verra bien si on ne va pas rater le Horn pour des raisons d'efficacité et de sécurité. »
Bilan du jour 29 - distance parcourue : 258.80 mn - moyenne : 10.78 nds - avance : 685.20 mn
 
22/12/11
Epine dorsale - Xavier Revil : « Cette nuit on a empanné à 62° sud. Depuis quelques heures, on a retouché du vent à 21-22nds. On est en train de se sortir de la situation problématique avec la fameuse dorsale. On a essayé de passer la barrière un peu au nord, un peu au sud, un peu partout, mais elle a été plus solide et plus étendue que ce qu'on espérait. On a fait marcher le bateau au mieux, pour limiter l'hémorragie, dans des conditions pas favorables. (...) On marche à 26-30nds sous un ris et grand gennaker, bâbord amure. La mer est toute plate, ça glisse sans effort. C'est très confortable. D'ici 7 heures on empannera pour se diriger vers l'est et le Cap Horn. Le vent va se renforcer à 35nds au niveau du Cap. S'il y a trop de mer à son niveau, on ne pourra pas s'y aventurer, pour préserver le matériel. »
Sébastien Duclos, directeur adjoint du team BP : « Après le passage du Cap Horn, on aura un centre dépressionnaire à proximité de la Georgie du sud, avec un bord vers l'est, qui va durer une bonne journée, avant de repartir directement vers le nord et profiter du flux de sud-ouest généré par cette dépression. Le bateau pourra naviguer assez rapidement, assez abattu, à 140-150° du vent. Après, il reste l'inconnue du passage au niveau de Cabo Frio, l'endroit le long de l'Amérique du Sud, d'où sortent les dépressions. Il y aura une petite transition, qui n'est jamais évidente à gérer. C'est compliqué de donner une estimation précise pour le passage de l'Équateur, mais la première moitié du chemin va se faire dans de bonnes conditions et de façon rapide. »
Bilan du jour 30 - distance parcourue : 462.80 mn - moyenne : 19.28 nds - avance : 559.20 mn
 
 
23/12/11
Cap Horn : le trimaran Banque Populaire V a dépassé la longitude 67° 16' Ouest, le vendredi 23 décembre 2011, à 6 heures, 50 minutes et 30 secondes TU, soit après 30 jours, 22 heures, 18 minutes et 48 secondes de navigation depuis Ouessant. En 2010, Groupama 3 avait mis 32 jours, 4 heures, 34 minutes et 7 secondes pour parcourir la même distance. À ce point géographique, Loïck Peyron compte 1 jours, 6 heures, 15 minutes et 19 secondes d'avance sur le record de Franck Cammas.
Le skipper Baulois n'améliore pas le record WSSRC de la traversée de l'océan Pacifique, de la pointe sud de la Tasmanie au cap Horn, qui reste la propriété de son frère Bruno Peyron, en 8 jours, 18 heures et 8 minutes. Ce record avait été établi, à bord du catamaran Orange II, en 2005.
Pour s'emparer du record WSSRC Équateur-Équateur, détenu depuis 2005 par Bruno Peyron, en 33 jours, 16 heures et 6 minutes, Loïck Peyron et ses 13 équipiers devront couper la latitude 0° avant le 31 décembre 2011 à 15 heures, 31minutes et 52 secondes.
 
 
23/12/11
Pisser face au vent - Loïck Peyron : « On n'est pas passés près du Horn car, ici, les conditions de mer sont violentes et c'est forcément pire près du cap, à cause des hauts fonds qui passent de 4000 mètres à 200 mètres. J'aurais bien voulu faire visiter tout ça à nos jeunes impétrants mais ils sont tous ravis d'être Cap Horniers. Ils sont tous en train de faire pipi au vent, comme des jeunes chiots au pied d'un lampadaire, car maintenant, ils ont le droit de le faire. (...) On attaque un peu plus qu'il y a 10 jours parce qu'on n'a plus qu'une seule journée d'avance, et des brouettes, donc il faut attaquer. On est sous string et trinquette, la grand voile est à 3 ris. Sous ce plan de voilure là, on va vite. (...) La remontée jusqu'à l'Équateur risque d'être pas mal. On sera vraisemblablement dans des temps meilleurs que ceux de Franck il y a deux ans, et, on l'espère, meilleurs que le temps absolu Horn-Équateur, détenu par Bruno, mon grand frère. » Marcel van Triest, routeur à terre : « Pour l'instant, le passage de l'Équateur est prévu pour dans 7 à 8 jours. C'est pas impossible de s'approcher de 45 jours à Ouessant, si tout va bien. »
Bilan du jour 31 - distance parcourue : 634.20 mn - moyenne : 26.43 nds - avance : 535.50 mn
 
 
24/12/11
Plein nord - Sébastien Duclos, directeur adjoint du team BP : « Ça redémarre assez fort depuis une journée et demie, dans un flux d'ouest assez soutenu de 35nds bien établis. Ça avait l'air de se calmer un tout petit peu ce matin mais je pense que ça va quand même se maintenir une bonne partie de la journée. Le bateau a recreusé un peu l'écart et a empanné à 8h31 TU, pour prendre un cap plein nord. Il navigue en bordure de la dépression centrée sur la Géorgie du sud. (...) La suite dépendra de la configuration de cette dépression, de la jonction avec l'anticyclone de Sainte-Hélène et de la transition vers le régime d'alizés du sud-est. Tout cela se déplace, les systèmes évoluent au fil du temps, d'autant plus si une dépression venait à sortir de Cabo Frio, ce qui perturberait la situation. » Florent Chastel : « On fait route quasiment plein nord, direction la maison, retour, on remonte enfin. On est à 30-35nds, la mer est déjà plus maniable qu'hier et petit à petit la température va remonter. (...) On n'a pas énormément d'avance sur nos adversaires, il faut naviguer propre, ne rien laisser passer et rester dans le bon tempo pour renvoyer la toile. » Bilan du jour 32 - distance parcourue : 718.20mn - moyenne : 29.93nds - avance : 654.10mn
 
25/12/11
Père Noël - Loïck Peyron : « Tout va parfaitement bien malgré une nuit agitée. Le Père Noël n'a pas été très gentil avec nous et nous a fait des cadeaux empoisonnés. On a eu quelques soucis de manoeuvres sur le pont avec du vent pas comme il fallait. Nous avons empanné une première fois, on s'est recalés, mais ça n'a pas servi à grand chose. Le vent en n'a fait qu'à sa tête. Entre les prévisions et la réalité il y a toujours une petite différence et cela n'a pas été en notre faveur. On a anticipé quelque chose qui est venu trop fort, il a fallu faire pas mal de changements de voiles. Le vent va mollir de plus en plus et on va se faufiler entre deux anticyclones car Sainte-Hélène est divisé en deux. (...) On a 15-17 noeuds de vent, on avance à 26-30 noeuds sur une mer qui est en train de s'aplatir avec une jolie houle d'arrière. Les derniers albatros vont nous quitter aujourd'hui. On se prépare à checker le bateau. » Juan Vila, navigateur : « Le vent va tomber, nous allons entrer dans une molle, jusqu'à la transition avec les alizés. Nous devrions être dans les alizés de sud-est dans deux jours puis passer le Pot au Noir. »
Bilan du jour 33 - distance parcourue : 662.20 mn - moyenne : 27.59 nds - avance : 846.40 mn
 
 
26/12/11
Zone de transition - Jean-Baptiste Le Vaillant : « Nous avons une zone de transition à passer, avec un petit temps pendant les prochaines 36 heures, puis nous toucherons les alizés. Nous sommes à 30° sud, nous avançons à 15nds, à 120° du vent, sous gennaker, une voile de portant plus légère, qui permet de naviguer plus proche du vent dans le petit temps. A priori, nous n'aurons pas de soucis avec les alizés, que ce soit au sud ou au nord du Pot au Noir. D'après les routages, le passage de l'Équateur pourrait se faire dans 5 jours, le 30 au soir ou le 31 au matin. Mais il y a les aléas de la navigation. Après les alizés, il y aura le contournement de l'anticyclone des Açores, sur une route très ouest, pour aller chercher les dépressions qui partent des Bermudes pour se diriger en direction de l'Europe. Nous profitons du soleil et des températures plus clémentes pour faire un grand nettoyage du bateau et cela fait du bien. C'est la première fois depuis 22 jours que nous pouvons tout ouvrir et tout faire sécher. »
Bilan du jour 34 - distance parcourue : 635.20 mn - moyenne : 26.47 nds - avance : 1016.30 mn
 
27/12/11
Ne pas baisser la garde - Marcel van Triest, routeur à terre : « Avant hier, il restait quatre obstacles pour arriver à la maison. On en a franchi deux avec le contournement de l'anticyclone et le franchissement du front froid au large de Rio de Janeiro. Au menu du jour, nous avons du près pour entrer dans les alizés. Cela va adonner petit à petit, il y aura deux ou trois heures de bâbord et après ce sera tout droit vers l'Équateur. Les deux derniers obstacles seront le Pot au Noir, qui n'a pas l'air méchant et l'anticyclone des Açores. Cela va être relativement simple dans les jours à venir, par contre il faudra contourner les Açores par l'ouest. Il est donc certain que Banque Populaire V aura plus de milles à parcourir que Groupama 3 dans l'Atlantique Nord. Le maxi-trimaran passera l'Équateur dans l'après midi du 30 décembre. » Thierry Chabagny : « On a un grand soleil, il fait chaud, la mer est chaude, les conditions sont idéales. On a tous en tête qu'il ne faut rien lâcher, car les records se jouent à pas grand chose. Dans les alizés, on a tendance à se relâcher un petit peu. Une phase de transition un peu loupée, on pend un petit peu de retard, qui se transforme en beaucoup de retard, qui empêche de choper le système suivant et on peut perdre gros à l'arrivée. Tant que c'est pas fini, c'est pas terminé. »
Bilan du jour 35 - distance parcourue : 391.10 mn - moyenne : 16.30 nds - avance : 998.90 mn
 
 
28/12/11
Stress - Loïck Peyron : « On navigue entre 14 et 20nds de vent, à 18nds de moyenne, entre deux petits grains. On va rallier l'Équateur dans un temps théoriquement relativement bon, avec près d'une journée d'avance sur le meilleur partiel historique et la suite s'annonce encore un petit peu mieux. Le bateau donne des petits signes de fatigue et d'usure. Il n'y a rien d'alarmant et on fait bien attention tout le temps en restant en dessous du potentiel de Banque Populaire. En ce moment, nous sommes paradoxalement dans la partie la plus casse bateau. C'est facile en navigation, mais la problématique est qu'il nous reste encore 5000 milles à faire et qu'à chaque vague, quand on est à 20nds en train de sauter d'une vague à l'autre, on a l'impression de perdre une dent. On est dans le stress permanent de savoir comment doser l'accélération, ou le freinage, pour finir, tout simplement. Les conditions météo, pour la semaine à venir, sont bonnes et de nature à nous amener à Ouessant dans les temps, pour battre le record. La seule chose qui puisse nous empêcher de le battre, c'est une panne mécanique. C'est pour ça que c'est forcément le moment le plus stressant de ce tour du monde. »
Bilan du jour 36 - distance parcourue : 406.70 mn - moyenne : 16.95 nds - avance : 1090.30 mn
 
29/12/11
Petit matelas - Loïck Peyron : « On se rapproche doucement des côtes Brésiliennes. On va les tanjanter ce soir et essayer de s'en écarter au maximum, en composant avec la direction du vent. On va arriver sur l'Équateur dans un temps assez canon. L'ETA est prévu pour demain vers 12-13 h. Cela nous ferait une journée de mieux que le temps de référence de Bruno et surtout pas mal d'avance sur nos petits copains virtuels. Le matelas ne va faire qu'augmenter jusqu'à l'Équateur, parce que, il y a deux ans, cela a été très difficile pour Franck Cammas. Il a eu des conditions pas du tout favorables dans l'Atlantique sud. Notre Atlantique nord, lui, ne se présente pas forcément sous les meilleurs auspices. La partie la plus à craindre, après le Pot au noir, sera l'alizé du nord-est, assez fort, où on sera contre le vent et contre les vagues. Il va falloir faire le dos rond un petit peu et dans un premier temps, arrondir notre trajectoire en visant Terre Neuve, puis aller très très nord, pas loin du Fastnet, avant de tourner tout doucement vers la droite. On a plus intérêt à aller vite, plein travers, à 90° du vent et des vagues, qu'à lutter contre. On va mettre 12 à 24 heures de plus, que Groupama 3, dans l'Atlantique nord et là le petit matelas va nous servir. » Bilan du jour 37 - distance parcourue : 478.70 mn - moyenne : 19.95 nds - avance : 1051.20 mn
 
 
30/12/11
Équateur : Banque Populaire V a changé d'hémisphère le vendredi 30 décembre 2011 à 11 heures, 17 minutes et 30 secondes TU, après 38 jours, 2 heures, 45 minutes et 48 secondes de mer depuis Ouessant. Le trimaran compte 3 jours, 18 heures, 23 minutes et 12 secondes d'avance sur le temps de passage de Groupama 3 en 2010.

Loïck Peyron a réalisé un temps de 32 jours, 11 heures et 52 minutes, sur la distance Équateur aller - Équateur retour, améliorant de 1 jour, 4 heures et 14 minutes le record WSSRC qui était détenu, depuis 2005, par Bruno Peyron, en 33 jours, 16 heures et 6 minutes.

Au passage, les 14 hommes s'adjugent également le temps de référence sur le partiel Cap Horn - Équateur retour en 7 jours, 4 heures et 27 minutes.
 
 
30/12/11
Que du bonheur - Loïck Peyron : « On a passé l'Équateur il y a six minutes à peine, à grande vitesse, à 35nds, sur une mer pratiquement plate. Ce n'est que du bonheur. Le bateau ne souffre pas, les bonhommes encore moins. Tout va bien. Le matelas est conséquent, il va encore s'améliorer un petit peu, non pas parce que l'Atlantique nord va être trop rapide pour nous, mais surtout parce que l'Atlantique sud avait été très très difficile pour Franck et ses garçons, en 2010. Je vois leur position d'il y a deux ans heure par heure et cela ne devait pas être facile pour eux du tout. Je pense rétrospectivement à eux. Cela ne devait pas être facile dans les têtes de se retrouver en retard, à l'Equateur, sur le record de l'époque. C'est difficile d'avoir fait les trois quarts d'un tour du monde et de se faire dépasser virtuellement. (...) Le temps réalisé est encore améliorable parce que le meilleur temps sur le Pacifique est toujours détenu par Bruno, celui de l'Atlantique Nord par Franck. Il y aura encore plein de petits partiels à améliorer. C'est une belle histoire, une belle histoire en équipage, une belle histoire d'hommes. »
Bilan du jour 38 - distance parcourue : 627.50 mn - moyenne : 26.15 nds - avance : 1337.60 mn
 
31/12/11
Machine à laver - Marcel van Triest : « Cette nuit, cela a été relativement musclé, pénible et violent, avec jusqu'à 34nds de vent dans une mer très courte. Un champ de vagues, comme dans une machine à laver et ils ont été obligés d'abattre pour freiner un peu. La ligne de séparation des alizés a été vraiment petite. En 15 minutes, il y a eu une bascule de vent de 100°, sans pétole. En ce moment, ils font 25 à 26nds de moyenne et sont à 80% des polaires pour préserver le matériel. Petit à petit le vent et la mer vont tourner à droite et ils pourront recommencer à mettre un peu plus de nord dans leur route. On fait une route sur le 335 pour faire le grand tour de l'anticyclone des Açores. Il faut monter très nord, jusqu'au 45 nord, à 37-38° ouest, pour rester dans du vent. Malheureusement, il reste encore beaucoup de milles à naviguer, mais avec le potentiel de Banque Populaire, le choix de faire plus de distance est toujours le meilleur. Après, la route ressemblera plus à une transat qu'autre chose, avec un reaching de plus en plus confortable. L'arrivée sur Ouessant pourrait intervenir entre jeudi soir et vendredi dans la matinée. »
Bilan du jour 39 - distance parcourue : 561 mn - moyenne : 23.38 nds - avance : 1522.60 mn
 
01/01/12
Dorsale, saison 2 - Loïck Peyron : « Nous avons vécu 24-36 heures très difficiles pour le bateau et les bonhommes, face à une mer pas belle du tout. C'est la raison pour laquelle j'ai décidé de faire une route un peu bizarre, qui doit surprendre un peu tout le monde. On a l'impression que l'on est en train d'aller faire une petite escale à New York. C'est pas faux, pour l'instant et pendant les 24 heures qui viennent, on va toujours avoir une direction à 90° de la route normale. Malheureusement, c'est le seul moyen pour nous de rentrer à la maison en évitant de rentrer dans l'anticyclone des Açores, de plein fouet. Mais surtout, on ne peut pas serrer le vent et les vagues de trop près maintenant. Je n'ai pas envie d'abimer le bébé. Donc on va contourner deux difficultés en même temps : les vagues trop fortes, ce qui nous permettra d'aller très vite une fois qu'on a abattu, et l'anticyclone des Açores, qui est une grande dorsale anticyclonique un peu dans le même style que ce qui nous a bloqué dans le Pacifique sud. On n'est pas très vernis non plus avec l'Atlantique nord. On fait route convergente pour aller chercher une dépression qui va se déclencher au large des côtes de Terre Neuve et avec laquelle on va rentrer, cette fois ci, dans la bonne direction, d'ici demain. C'est à peine une perte de temps en fait. Les calculs sont assez simples, ralentir beaucoup au risque de casser le bateau en faisant une route plus courte, ou accélérer en rallongeant énormément la route, avec beaucoup moins de difficultés pour le bateau. Et bien voilà, on a choisi cette deuxième solution. (...) L'ETA est toujours prévu le 6 au soir ou le 7 au matin. Il y a de fortes chances d'arriver de nuit, mais nous ferons tout pour arriver en plein jour dans le port de Brest. » Bilan du jour 40 - distance parcourue : 666.50 mn - moyenne : 27.77 nds - avance : 1527.50 mn
 
 
02/01/12
Un peu mou - Roland Jourdain : « Sommes nous surpris par la vitesse du trimaran? Oui et non, parce que ça va beaucoup trop vite pour nous les marins terriens. On a du mal à conceptualiser l'affaire tellement ça se déplace à une vitesse terrible. D'un point de vue technique, un bateau comme ça, bien mené, peut marcher à ces vitesses là mais c'est toujours étonnant. C'est pas encore dans nos us et coutumes. » Xavier Revil : « Hier, on a senti que la fatigue s'installait après 40 jours de mer et des conditions difficiles dans lesquelles on a du mal à se reposer. On est plutôt confortables pour le moment et depuis quelques heures avec 10nds de vent et une vitesse moyenne de 15nds. On se bat un peu avec les grains sur la route qui nous empêchent par moments de bien avancer. C'est conforme aux prévisions. (...) Dans une douzaine d'heures, on va ré accélérer et prendre le TGV qui va nous ramener à la maison. On est tribord amure depuis très longtemps et on va le rester pratiquement jusqu'à l'arrivée, hormis quelques petits recalages. Le vent va adonner continuellement et on va faire le tour de l'anticyclone sur cette amure. »
Bilan du jour 41 - distance parcourue : 667.60 mn - moyenne : 27.82 nds - avance : 1094.90 mn
 
03/01/12
Savoir infléchir les routes - Loïck Peyron : « On est dans un ciel bleu exceptionnel, avec quelques petits nuages en bordure. Ça va accélérer au fur et à mesure. On fait le contournement de l'anticyclone. Le vent arrive tout doucement, exactement comme prévu. Tout va bien. On sait que la mer va être relativement calme pour les 3-4 jours à venir. Les conditions vont être enfin absolument parfaites pour finir ce tour du monde dans les meilleures conditions pour le bateau et les bonhommes. On est en train de déplacer tout le matériel, les vêtements et la nourriture restante, de l'avant vers l'arrière. On va se limiter à 30nds en n'allant pas trop dans le nord. Nous pourrons ainsi faire mollir le vent, en nous rapprocher un peu plus de l'est, s'il y en avait trop. Tout cela dans un souci d'intégrité de l'ensemble du navire, pour arriver dans le meilleur état qui soit à Ouessant, dans quelques jours. La route un peu plus courte était vraiment beaucoup trop casse-bateau. Il faut savoir investir, infléchir les routes. Le but du jeu est tout simplement de battre le record. Peu importe le delta. Le dernier routage nous amène à Ouessant le 6 à 23h TU. » Bilan du jour 42 - distance parcourue : 388.50 mn - moyenne : 16.19 nds - avance : 850.60 mn
 
 
03/01/12
Vers la terre promise - Loïck Peyron : « S'il est un mode de déplacement extrêmement aléatoire et imprévisible, c'est bien la marine à voile ; et cela ne le rend pas désuet pour autant. Même à bord du maxi Banque populaire V, le plus rapide chasseur de record de la planète, les choses ne se passent pas toujours comme on les avait rêvées, voire même seulement espérées. Et alors, où est le problème ?
Toutes ces frustrations, ces moments de doute, de fatigue et de stress, arc-bouté dans cette coque étroite à chaque saut de vague, toutes ces angoisses nocturnes dans les glaces, et ces joies silencieuses, quand la glissade sous un ciel brillant nous rapproche enfin de nos racines terriennes... Tout cela fait nos souvenirs et alimente les conversations du bord, autant que la prochaine virée imaginaire dans les bistrots brestois ou parisiens. Avec leurs lots d'aléas, ce sont au moins trois longues journées et trois plus longues nuits encore, qui nous séparent de cette pointe de l'Europe.
Nous avons courbé le dos et adouci notre trajectoire pour ne pas faire souffrir notre grand bébé bleu. Mer et vent s'accordent enfin à nous ouvrir un passage convenable vers notre destination. La lune elle-même nous aide un peu plus tous les soirs à guider nos fières étraves dans les creux sombres des vagues luisantes. Et si c'est encore un plein océan qu'il nous faut traverser, les narines se tournent déjà vers la terre promise à l'affût de la moindre phéromone perdue dans le vent. Un horizon peut en cacher un autre ; celui qui fuit devant nous est un beau lièvre que nous allons attraper.
» Source : carnet de bord de Loïck Peyron pour www.lemonde.fr
 
 
04/01/12
Hommage à Pascal Bidégorry - Loïck Peyron : « Le jour se lève. Nous avons fait le dos rond autour de l'anticyclone des Açores, exactement comme il fallait le faire. Nous sommes sur une mer plate, avec une petite dépression sur notre hanche gauche et nous slalomons en dosant l'effort, avec pas beaucoup de vent à droite dans l'anticyclone et beaucoup de vent à gauche dans la dépression. Ça va vite, on est à 30 nds de moyenne. On risque de passer très très nord, dans le Fasnet et les Scilly. L'Eta est à peu près identique pour vendredi soir. (...) Il nous reste encore deux jours et demi de joli travail à faire. Cela n'empêche pas qu'on reste concentrés. La devise du bord est Fast mais pas trop furious. (...) On sent qu'il y a eu du boulot sur le bateau, depuis trois ans, non seulement de conception mais aussi de navigation. Tout ce programme n'a certainement pas démarré quand je suis arrivé. J'ai juste eu la chance incroyable d'arriver au sommet de la progression technique. J'ai changé la manière d'aborder le bateau, de le mener, en étant plus roseau que chêne; mais je n'ai pas fait de changement structurel. (...) Au niveau technique, tout va progresser et il est évident que ce record sera probablement battu dans quelques années. »
Bilan du jour 43 - distance parcourue : 621 mn - moyenne : 25.88 nds - avance : 1033 mn
 
04/01/12
Franck Cammas
Question à Franck Cammas - Avez-vous pris des nouvelles de Banque Populaire V, qui est en passe de battre votre record sur le Trophée Jules Verne ?

FC : « J’ai regardé il y a deux jours. Je savais très bien que Loïck Peyron et son équipage allaient arriver largement dans les temps du record ! Visiblement, ils arriveront vendredi soir ou samedi. C’est bon pour eux et je leur souhaite beaucoup de plaisir. Je ne suis pas trop surpris par leur performance. Ils ont fait un bon parcours, surtout sur la première partie, avec 2000 milles d’avance. »

Source : Rodolphe Massé pour rmcsport.fr

 
05/01/12
Ne pas faire refroidir les pneus - Marcel van Triest, routeur à terre : « Le bateau a entre 22 et 25 nds de vent de sud-sud-ouest, il va empanner pour aller chercher un petit peu plus de pression. Après cela va être tout droit avec des vitesses moyennes de 30 nds. Pour le WSSRC, il faut passer la ligne à moins de 4 milles nautiques d'Ouessant pour que le viseur puisse voir le bateau. Il y a deux règlements, celui du Jules Verne et celui du tour du monde. En ce qui concerne le Jules Verne, on pourrait couper la ligne plus au nord. L'arrivée est toujours prévu pour demain minuit heure de Paris. » Loïck Peyron : « On en train de slalomer et on va ré empanner dans peu de temps. On n'a pas tout à fait le vent qu'il faut pour l'instant. Jusqu'ici il n'y a pas eu d'erreur mais ça peut arriver assez vite. Donc il faut faire attention à ne pas faire refroidir les pneus parce que la sortie de route peut-être facile, surtout que le vent est assez capricieux. Il faut absolument qu'on avance relativement vite pour ne pas perdre le train de cette dépression qui va nous quitter bientôt, en partant vers le nord. (...) On a envie de rentrer mais il y a une sorte d'envie cachée de laisser trainer les heures. Il n'y a pas beaucoup d'épanchement. Ce n'est pas encore l'heure de faire le bilan, peut-être par superstition. (...) Ma première idée n'est pas de manger quoi que ce soit au niveau alimentaire, mais de retrouver ma femme et de la manger du regard, au minimum... »
Bilan du jour 44 - distance parcourue : 764.90 mn - moyenne : 31.87 nds - avance : 1361.80 mn
 
 
05/01/12
Question à Pascal Bidégorry : Débarqué du projet en avril dernier, Pascal Bidegorry a suivi le Trophée Jules Verne derrière son ordinateur. Avec envie et non sans amertume.
Question : On imagine que cela ne doit pas être agréable de voir un autre skipper à la barre d’un engin qu’on a conçu, optimisé et avec lequel on a performé ?
PB : « Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise (il souffle)... Bien sûr que je suis envieux ! D’avoir travaillé aussi longtemps, aussi durement, d’avoir mis autant de cœur, fait autant de sacrifices pour ce projet et de voir tout s’arrêter comme ça... Avec le trimaran de 60 pieds, puis avec le maxi-trimaran, on a gagné un certain nombre de courses ou de records pendant huit ans mais cela ne les a pas empêchés de me remercier du jour au lendemain. » Source : www.letelegramme.com
 
06/01/12
Personne ne verra nos jolis sourires - Loïck Peyron : « Tout se passe bien, dans une mer d'Irlande un peu grise. Comme toutes les dernières heures, on a hâte que cela se termine, mais on apprécie chaque seconde. Il faut qu'on termine proprement, comme ça. On est à peu près tranquilles, paisibles, si tant est que l'on puisse l'être à 35nds de moyenne. Rien ne change à bord, il n'y a pas d'euphorie particulière pour l'instant. Quand on est partis, on espérait réaliser ce temps puisqu'on n'avait emmené que 45 jours de nourriture. Comme quoi c'était un tout petit peu prévu. C'était un espoir qui était un peu écrit. Il fallait un petit de chance, de compétence forcément, un petit peu de tout pour arriver à ça. Mais ce n'est pas encore fini. Une fois de plus, arrêtons de vendre la peau de quoi que ce soit avant de l'avoir chassé. Le vent va mollir tout doucement, la mer va s'aplatir relativement bien devant nous, ça va être assez joli. L'arrivée à Ouessant est prévue vers 21h30 et 22h TU. Les marins sont pudiques, on va mettre un point d'honneur à franchir la ligne de nuit, comme ça personne ne verra nos jolis sourires, on va garder ça pour nous. » Bilan du jour 45 - distance parcourue : 719.80 mn - moyenne : 29.99 nds - avance : 1577 mn
 
06/01/12
Arrivée à Ouessant : en ralliant la ligne d'arrivée à Ouessant le vendredi 6 janvier 2012 à 22 heures 14 minutes et 35 secondes TU, après 45 jours, 13 heures, 42 minutes et 53 secondes de nagigation, Loïck Peyron, ses 13 équipiers et le trimaran Banque Populaire V se sont appropriés le Trophée Jules Verne et améliorent le temps du précédent record de 2 jours, 18 heures, 1 minute et 59 secondes.

Ils améliorent également le temps de référence de la remontée de l'Atlantique, Cap Horn-Ouessant, en ayant parcouru la distance en 14 jours, 15 heures, 24 minutes et 5 secondes, soit 1 jour, 11 heures, 46 minutes et 40 secondes de moins que Franck Cammas en 2010.

Distance orthodromique (parcours le plus court) : 21600 mn parcourus à la moyenne de 19.75 nds.
Distance effective sur le fond : 29002 mn parcourus à la moyenne de 26.51 nds.
 
 
07/01/12
Loïck Peyron : « Le sentiment de chacun à bord ? Emotion et joie ! Nous avons rempli une bonne partie du contrat. Nous apprécions maintenant notre victoire entre nous avant de revenir à Brest demain matin pour partager cette belle histoire avec tout le monde.
Nos mémoires sont pleines de magnifiques images: le départ, les icebergs, les albatros, les îles Kerguelen... Quand vous naviguez autour du monde pendant 45 jours, vous voyez beaucoup de choses. La seule que nous n'ayons pas vu c'est le cap Horn, mais cette frustration est effacée par ce record que nous avons maintenant entre nos mains.
Nous sommes très fiers ! En passant la ligne, on s'est fait la bise en se disant merci pour cette petite promenade. On dit souvent merci aux marins parce que ça veut dire beaucoup.
»
 
 
07/01/12
Bruno Peyron : « De manière symbolique et émotionnelle, oui, je suis ravi. Toute la famille est contente, on en plaisante en disant qu'on va ramener à la maman un quatrième Jules-Verne à la maison. Le hasard a fait que j'ai été le premier à le lancer, et à chaque fois qu'on me l'a pris, je suis retourné le chercher. Là, Loïck me venge de Cammas, c'est très bien, et j'ai envie de dire que si on nous le reprend, on y retournera ! »
 
07/01/12
Franck Cammas : « Ils ont réalisé une première partie de tour du monde incroyable avec parfois plus de 2000 milles d'avance. Sur la seconde moitié, ils ont tenu le rythme pour finir avec plus de deux jours d'avance. C'est évidemment une super performance car c'est toujours compliqué de faire un tour du monde. A bord de bateaux qui vont aussi vite, il faut savoir tenir le rythme, les mener à la juste vitesse pour ne pas casser. L'équipage de Banque Populaire a su le faire et c'est du beau boulot. Il y a souvent eu de la frustration dans les trois dernières années. Je pense donc à ceux qui n'ont pas eu la chance de naviguer. Je tire aussi un énorme coup de chapeau à Ronan Lucas, le team manager. Entre la construction et la navigation, c'est lui qui s'est le plus impliqué dans ce projet. »
 
07/01/12
Olivier de Kersauson : « C'est vraiment très bien ce qu'ils ont fait. C'est même exceptionnel. Je pense à Hubert Desjoyeaux qui en a construit quelques uns de ces bateaux exceptionnels. Le trophée Jules-Verne est un parcours ultime, c'est le record de référence. »
 
07/01/12
David Douillet, Ministre des sports : « La France est très fière de l'exploit que vous avez réalisé. C'est un véritable exemple pour les sportifs Français en cette année olympique. Vous êtes la preuve vivante qu'en équipe, ensemble, avec un objectif commun, on peut tout espérer et tout gagner. »
 
07/01/12
Premier Ministre : « Le service de presse de Matignon indique que le premier ministre François Fillon a adressé ses plus vives félicitations à Loïck Peyron et à ses équipiers. Cette victoire porte la signature d'un grand navigateur et d'une équipe de marins d'exception. Elle est aussi la marque de la très grande qualité de la voile française. »
 
07/01/12
Présidence de la République : « Le Président de la République s'est entretenu par téléphone avec Loïck Peyron pour lui adresser, ainsi qu'à l'ensemble des membres de son équipage, ses plus chaleureuses félicitations. Au terme de 45 jours de navigation passés à bord de l'unique et immense trimaran Banque-Populaire, Loïck Peyron, accompagné de ses 13 coéquipiers, devient, avec près de trois jours d'avance, le nouveau détenteur du Trophée Jules-Verne. Ce fabuleux exploit marque l'aboutissement d'une extraordinaire aventure humaine digne des plus grandes épopées du monde de la navigation. »
 
20/01/12
Homologation du nouveau record du tour du monde par le WSSRC :
WSSR Newsletter No 206. The WSSR Council announces the ratification of a new World Record.
Record : Outright Around the World
Yacht : Banque Populaire 5
Name : Loick Peyron. FRA and a crew of 13
Dates : 22nd November 2011 to the 6th January 2012
Start time : 08:31:42 UTC on the 22nd November 2011
Finish time : 22:14:35 UTC on the 6th January 2012
Elapsed time : 45 days 13 hours 42 minutes and 53 seconds
Distance : 21600 NM - Average speed : 19.75 kts
Comments : Previous record: "Groupama 3" Franck Cammas, FRA. Mar 10. 48d 7h 44m 52s
Note : the RTW distance is calculated based on a “perfect sphere” as per WSSR rule 26.1a and consequently the average speed is for the great circle distance around the world.

John Reed - Secretary to the WSSR Council
 
27/02/12
Homologation des records intermédiaires par le WSSRC :
WSSR Newsletter No 207. BP5 Intermediates. The WSSR Council announces the ratification of 2 new World Records.

Record: Intermediate Record: Equator to Equator
Yacht: Banque Populaire 5
Name: Loick Peyron. FRA and a crew of 13
Dates: 27th November 2011 to the 30th December 2011
Elapsed time: 32 days 11 hours and 52 minutes – rounded to nearest greater minute
Comments: Previous record: 06-03-05 "Orange II" Bruno Peyron FRA 33d 16h 6m

Record: Intermediate Record: Indian Ocean
Yacht: Banque Populaire 5
Name: Loick Peyron. FRA and a crew of 13
Dates: 4th December 2011 to the 12th December 2011
Elapsed time: 8 days 7 hours 23 minutes – rounded to nearest greater minute.
Comments: Previous record: 23-02-10 "Groupama 3" Franck Cammas FRA 8d 17h 40m

John Reed - Secretary to the WSSR Council
 
03/04/12
Cérémonie au Musée de la Marine : Jacques Caraës, représentant Franck Cammas, a remis le Trophée Jules Verne à Loïck Peyron, accompagné de ses 13 équipiers et de Marcel Van Triest, routeur à terre, au cours d'une cérémonie qui s'est déroulée dans les salons du Musée de la Marine. Etaient présents : l'Amiral Brulez, directeur du Musée de la Marine; Florence Arthaud, co-fondatrice de l'association "Tour du monde en 80 jours", à l'origine de la création du Trophée et Bruno Peyron, détenteur du record à trois reprises.

Déclaration de Loïck Peyron : « Ce que je retiens ce n’est pas seulement 45 jours de navigation mais une histoire qui, pour Banque Populaire, dure depuis longtemps, 23 ans, et ce n’est pas fini. Ce sont 45 jours de confirmation du talent d’une équipe et pas seulement d’un naviguant. C’est un trophée collégial avec beaucoup de monde. On sait que dans le sillage il y a des gens qui sont passés avant nous et il y en aura certainement beaucoup d’autres après. »

Message de Franck Cammas : « On savait que le trophée était en danger lorsque vous êtes partis avec cet équipage. Vous avez prouvé que vous étiez à la hauteur. Un record c’est fait pour être battu, et quand on en détient un on sait que ça arrivera un jour ou l’autre. C’est une belle histoire de la voile et du tour du monde que vous avez tracée. Nous sommes fiers que ce soit par un tel équipage et un tel bateau donc bravo ! »
 
Trophée Jules Verne
 
Chronologie de la tentative de Loïck Peyron / Banque Populaire V en 2011/2012
 
Ouessant
22/11/2011 08:31:42 TU
-
-
-
 
Équateur
28/11/2011 23:26:52 TU
5 j 14 h 55 m et 10 s
avance
4 h 11 m 37 s
  Cap de Bonne Espérance
04/12/2011 06:20:00 TU
11 j 21 h 48 m et 18 s avance 2 j 15 h 43 m 25 s
  Cap des Aiguilles
04/12/2011 08:21:00 TU
11 j 23 h 49 m et 18 s avance 2 j 15 h 58 m 36 s
  Cap Leeuwin
10/12/2011 08:29:00 TU
17 j 23 h 57 m et 18 s avance 3 j 14 h 24 m 36 s
  Tasmanie
12/12/2011 15:43:15 TU
20 j 7 h 11 m et 33 s avance 3 j 2 h 14 m 34 s
  Antiméridien
14/12/2011 20:05:54 TU
22 j 11 h 34 m 12 s
avance
2 j 20 h 2 m 24 s
  Cap Horn
23/12/2011 06:50:30 TU
30 j 22 h 18 m 48 s avance 1 j 6 h 15 m 19 s
  Équateur
30/12/2011 11:17:30 TU
38 j 2 h 45 m 48 s avance 3 j 18 h 23 m 12 s
  Ouessant
06/01/2012 22:14:35 TU
45 j 13 h 42 m 53 s avance 2 j 18 h 1 m 59 s
 
Temps de référence
au départ d'Ouessant
Equateur Cap Bonne
Espérance
Cap
des Aiguilles
Cap
Leeuwin
Tasmanie Antiméridien Cap
Horn
Equateur Ouessant
Bruno Peyron
Orange II - 2005
7j 02h 56m 14j 05h 21m 14j 08h 19m 21j 13h 54m 23j 19h 23m 25j 21h 33m 32j 13h 29m 40j 19h 05m 50j 16h 20m
Franck Cammas
Groupama 3 - 2008
6j 06h 24m 13j 06h 1m 13j 08h 47m 21j 02h 43s 22j 20h
53m 57s
avarie
Franck Cammas
Groupama 3 - 2009
5j 15h
23m 11s
avarie
Franck Cammas
Groupama 3 - 2010
5j 19h
6m 47s
14j 13h
31m 43s
14j 15h
47m 54s
21j 14h
21m 54s
23j 9h
26m 7s
25j 7h
36m 36s
32j 4h
34m 7s
41j 21h 9m 48j 7h
44m 52s
Peyron Loïck - BP V
2011/12
5j 14h
55m 10s
11j 21h
48m 18s
11j 23h
49m 18s
17j 23h
57m 18s
20j 7h
11m 33s
22j 11h
34m 12s
30j 22h
18m 48s
38j 2h
45m 48s
45j 13h
42m 53s