Trophée Jules Verne 2009
Tentative de Franck Cammas / Groupama 3 : de Ouessant à l'Atlantique sud

11/02/09
Groupama 3 remis à l'eau après un chantier de 10 mois : le trimaran gravement endommagé en 2008, a regagné l'élément liquide aux abords du chantier Multiplast de Vannes après 50 000 heures de travail.
Vincent Lauriot-Prevost est un architecte heureux : « On a remplacé les flotteurs, réparé les bras de liaison et changé le mât. On a aussi amélioré le comportement de la plate-forme en améliorant le type de fibre dans les flotteurs. On a beaucoup travaillé l'ergonomie avec l'équipe de Groupama. On a gagné en résistance ».
Le trimaran sera convoyé à Lorient, au moteur, où il retrouvera son gréement puis procédera à des essais en mer.
Au menu des prochains mois : une campagne de communication en Méditerranée en mars, puis une tentative de record de la traversée Marseille-Carthage en juin. Suivra une autre tentative sur le record de l'Atlantique Nord New York - Cap Lizard, dont il est le détenteur. Enfin, à partir du 1er novembre, il sera en stand-by pour le Trophée Jules Verne avec la ferme intention de prendre sa revanche...
 
Groupama 3
photo © Arnaud Pilpré - Studio Zedda pour cammas-groupama.com
 
20/10/09
Groupama 3 bientôt en stand-by : Franck Cammas a publié la liste de ses équipiers pour la prochaine tentative de record dans le cadre du Trophée Jules Verne :
• Quart n° 1 : Franck Cammas / Loïc Le Mignon / Jacques Caraës
• Quart n° 2 : Stève Ravussin / Thomas Coville / Bruno Jeanjean
• Quart n° 3 : Fred Le Peutrec / Lionel Lemonchois / Ronan Le Goff
• Navigateur hors quart : Stan Honey monte sur le pont pendant les manoeuvres
• Chaque quart dure trois heures
• Un quart sur le pont, un quart en stand-by prêt à manoeuvrer, un quart de repos total
« j'ai constitué mon équipage en privilégiant la compétence bien sûr mais aussi la performance et la motivation. De ces trois qualités dépend la capacité à vivre ensemble pendant une cinquantaine de jours dans un espace réduit et dans un univers assez hostile. La réussite de notre tentative passe d'abord par là » analyse Franck Cammas.
Le trimaran se mettra en stand-by à Lorient à partir du 1er novembre 2009. Objectif : battre le temps réalisé par Bruno Peyron en 2005 : 50 jours 16 heures 20 minutes et 4 secondes à 17,89 noeuds de moyenne. Pour mémoire, depuis 1992, année de création du Trophée, 20 voiliers se sont engagés autour du monde et seulement 6 ont établi un record. Soit un taux de réussite de 30 %.
 
02/11/09
Record accessible: «C'est un record magnifique. Quand Bruno Peyron l'a établi en 2005, il a battu son précédent record de quatorze jours. C'est dire le niveau de la performance. Mais je pense qu'il est accessible, sinon je n'essaierais même pas de le battre avec mon équipage.
Quand on essayé de battre son record il y a deux ans, on s'est aperçu que son rythme n'était vraiment pas facile à suivre. On voyait son bateau virtuel nous rejoindre. On veut juste battre le record. C'est difficile de savoir quelle sera notre marge de manoeuvre, mais si on le bat d'une seconde, ça me suffira.
C'est excitant d'avoir un bateau autour de soi
(ndlr : Banque Populaire 5) parce que ça ne devient pas une tentative de record, mais une course, face à un bateau plus récent, plus rapide dans certaines conditions. Ça va être un beau duel planétaire, mais il va falloir rester sage.
C'est normal qu'avec un bateau plus long, plus puissant, il nous batte de deux heures sur la traversée de l'Atlantique. Mais ce n'est pas sur la performance du bateau que l'on battra le record, c'est avec une stratégie météo, en évitant la casse, un équipage solide et expérimenté.
On est en stand-by depuis lundi à Brest, et il y aura peut-être une fenêtre météo en fin de semaine. Sinon, on attend là-bas jusqu'à fin janvier.»
Source : interview de Franck Cammas recueillie par Alexis Danjon pour lequipe.fr
 
04/11/09
Code vert : départ possible entre 24 à 48 heures - Le trimaran qui tire sur ses amarres au port du Château, à Brest, depuis la semaine passée est fin prêt et pourrait s’élancer dès demain ou vendredi.
Depuis plusieurs jours, le skipper de Groupama 3 et Sylvain Mondon, son conseiller météo, étudient une fenêtre de départ qui s’ouvre à partir de demain avec un flux orienté au Nord-Ouest.
«Elle est courte mais intéressante avec, à priori, un bon enchaînement jusqu’aux Canaries. Seul inconvénient, il restera encore pas mal de mer dans le Golfe de Gascogne et l’entrée en matière sera peut-être un peu musclée, mais c’est la loi du genre dans un tour du monde.
La décision définitive ne sera prise que ce mercredi à la lumière des dernières informations météo mais l’équipage a été mis en alerte.»

Source : letelegramme.com
 
04/11/09
Bruno Peyron : «45 jours, c'est possible»

Cela fait presque quatre ans que votre record tient. Pourquoi une telle longévité?
«Ces records-là ne sont pas faciles à accrocher car il faut réunir un certain nombre de facteurs pour être en position de l'approcher, puis de le battre. L'heure est peut-être venue de le voir battu. On verra dans trois mois, mais je pense que les deux bateaux actuels, Groupama et Banque Populaire, sont en mesure d'y arriver.»

Que faut-il comme ingrédients pour réussir un tour du monde parfait?
«D'abord, avant de penser à battre le record, il faut le finir. Et pour finir, il ne faut pas casser. Dans la hiérarchie de mes priorités, j'ai toujours privilégié la fiabilité du bateau, donc j'ai toujours augmenté les coefficients de sécurité de mes multicoques, quitte à être plus lourd que les autres. Autour du monde, il faut du solide car, dans le Grand Sud, il faut aussi un bon équipage, une bonne météo, de la chance.»

Où peut-on grignoter du temps?
«Dans le choix du départ, forcément, qui permet de gagner un, voire deux jours à l'Équateur. Ensuite, il y a le passage important de l'anticyclone de Sainte-Hélène. Dans l'Indien et le Pacifique, tu peux également grignoter du temps. Nous, on avait eu une météo excellente entre le Cap Horn et l'Équateur, mais une dernière partie très mauvaise entre l'Équateur et l'arrivée. Là, on avait perdu quasiment trois jours. Oui, en 2005, on aurait pu tourner en 47 jours, sans pousser le bateau. Avec notre catamaran optimisé, il est possible de faire le tour en un peu moins de 45 jours.»

Si demain, votre record est battu, y retournez-vous pour le récupérer?
«Ça commence à me titiller d'y retourner! Avec le catamaran (ndlr: ex-Orange 2, dont il est propriétaire), je sais que j'en ai encore sous le pied, je sais où je peux l'alléger. La marge de progression est grande avec notre plate-forme. Cela dit, je souhaite que mon record soit battu... Pas de dix jours, mais de deux minutes (rires). Car l'envie d'y retourner est toujours là. Le bateau existe et il reste l'engin le plus rapide autour du monde. D'ailleurs, il vient d'être remis en chantier il y a deux semaines dans la perspective de disputer la Route du Rhum 2010. Je me dis que c'est la bonne période pour qu'un nouveau partenaire embarque à mes côtés afin de se présenter au départ des grands records océaniques comme le Trophée Jules-Verne.»

Source : letelegramme.com
 
05/11/09
En route pour le joli voyage : Groupama 3, Franck Cammas et ses 9 équipiers ont franchi la ligne Le Creach - Cap Lizard à 16h 50' et 22s (15h 50' et 22s TU). Pour battre le record établi par Bruno Peyron le 16 mars 2005 en 50j 16h 20m et 4s, les 10 hommes devront repasser la ligne avant le 26 décembre 2009 à 09h 09' et 26s, heure Française.
« Nous allons partir sous voilure réduite et naviguer vent de travers pour quitter le plateau continental. Puis ce vent de Nord-Ouest va basculer pendant trois heures à l'Ouest et nous devrons faire du près. Ce n'est pas la situation idéale pour partir, mais la fenêtre météo est assez favorable ensuite. En fait, dès demain vendredi midi, Groupama 3 devrait être déjà le long des côtes du Portugal. Là, nous allons toucher des vents de secteur Nord, puis Nord-Est qui s'installent jusqu'à l'archipel du Cap Vert. » a déclaré le skipper.
 
L'équipage ce matin à Brest quelques minutes avant le départ - photo © Yannick Le Bris
 
06/11/09
Nuit difficile : la nuit a été rude à bord de Groupama 3 en raison de l'état de la mer. Le trimaran accusait un retard de 114.30 milles nautiques après 22 heures de navigation.
« Ça n'a pas été facile de dormir cette nuit car le bateau secouait beaucoup avec une houle résiduelle qui nous a empêché de glisser. Hier soir, ce n'était pas aisé de préparer à manger et nous avons grignoté des sandwiches... » a déclaré Frank Cammas.
« Les dix-huit premières heures étaient les plus difficiles de la première semaine de mer sur ce créneau... » confirmait Sylvain Mondon de Météo France.
Le trimaran a retrouvé un tempo plus favorable dans l'après-midi avec le retour d'un vent de Nord-Ouest plus stable et plus établi sur une mer qui se régulait progressivement. Avec l'arrivée d'un front froid dans la nuit, le vent devrait basculer au Nord puis au Nord-Est en forcissant.
Bilan du 1er jour - distance parcourue : 498.10 mn - moyenne : 20.8 nds - retard : 98.50 mn
 
07/11/09
Rotation et empannage : Nuit calme et mer maniable pour Groupama 3 qui file en direction de l'ouest à la vitesse de 30 noeuds. Vacation radio de Franck Cammas : « Le vent portant est au rendez-vous : c'est ce que nous cherchions et c'est sympa. Depuis que nous avons passé le cap Finisterre, la mer s'est organisée : nous avons pu passer une bonne nuit à glisser vers Madère. Les températures augmentent sensiblement au fil des heures... Et nous avons pu dormir tranquillement ! Il y a encore des grains à trente noeuds avec le front froid qui commence à disparaître : il faut garder les écoutes à la main... Nous allons empanner ce soir pour aller directement vers l'équateur, en accélérant ! La manoeuvre est prévue à au moins deux cents cinquante milles de Madère pour ne pas être dans les effets perturbateurs du relief de l'archipel. En ce moment, nous avons tout dessus avec seize noeuds de vent en moyenne. Nous resterons au portant en gagnant dans l'Ouest pour éviter les empannages et bénéficier de plus de vent. Nous pourrons ainsi lofer lorsque le vent mollira avant le Pot au Noir. »
Bilan du 2e jour - distance parcourue : 621.50 mn - moyenne : 25.90 nds - retard : 36.70 mn
 
08/11/09
Plein pot : depuis son empannage, Groupama 3 navigue cap au 200-210, babord amure en direction d'un pot au noir pas très méchant, à 30 nds de moyenne dans des alizés bien installés. Extraits de la vacation radio de Stève Ravussin « On a du pas mal manoeuvrer cette nuit, avec des pointes à 36 nds de vent. On a du passer à 2 ris-solent. Le but n'est pas d'aller trop vite non plus. La fenêtre était pénible au début par rapport aux conditions de mer, mais très vite avec les vitesses qu'on peut faire sur la route, on est très vite revenus dans le match. Maintenant tout va bien, ça va vite. On fait marcher le bateau le plus vite possible sans le faire souffrir. (...) Nous avons ouvert le "bar des sports". C'est important. C'est la seule fois où on se voit tous dehors. Dès qu'il y a de bonnes conditions météo on le fait avec un petit peu de viande séchée, de lard, du jambon et on boit une petite topette de vin. C'est assez sympa. C'est important qu'il y ait une bonne cohésion de l'équipage. Cela fait longtemps que les gens naviguent ensemble. On est une bonne équipe. C'est sympa. »
Bilan du 3e jour - distance parcourue : 712.40 mn - moyenne : 29.70 nds - avance : 276.30 mn
 
09/11/09
Mieux vaut être seuls : positionné au sud-ouest du Cap Vert, Groupama 3 a parcouru 1200 milles sur le même cap et se prépare à traverser le Pot au noir au niveau de la longitude 28° ouest, à une allure relativement soutenue malgré les grains. Vacation de Fred Le Peutrec : « Nous approchons du Pot, dans un système un peu plus perturbé avec formation de grains. Nous sommes grand gennaker, trinquette et grand voile haute. Tout le monde est sur les écoutes prêt à encaisser une petite rentrée de vent (...) Le fait d'être parti avant Banque Populaire libère un peu l'esprit dans la manière de naviguer. C'est déjà assez compliqué de naviguer dans le sud avec un grand multicoques, à un bon rythme, en toute sécurité, tout en allant vite, en maîtrisant l'engin et sa dégradation progressive. Nous retrouver l'un à coté de l'autre, et de devoir critiquer à chaque instant sa propre performance par rapport à celle de l'autre, peut inciter à pousser le bouchon un peu plus loin et au delà du raisonnable. Un accident technique majeur peut vite dégénérer. Dans ces coins là il n'y a personne, c'est un vrai désert. »
Bilan du 4e jour - distance parcourue : 629.70 mn - moyenne : 26.20 nds - avance : 488.30 mn
 
10/11/09
Le grain grain quotidien : Groupama 3 est entré à 4h TU dans le Pot au noir, réputé pour ses systèmes météos versatiles : sous les grains il n'y a pas de vent et autour des nuages les vents verticaux obliquent dans tous les sens. Vacation de Franck Cammas : « On est dans le Pot au noir mais ça va, on avance un peu. On est entré dedans vers 4h TU. C'est facile à voir, c'était la nuit, il y avait une barre qui masquait tout l'horizon avec beaucoup d'éclairs. On n'a pas eu de grosses rafales dessous. Le ciel est un peu plus clair mais on n'est pas sorti de la zone, puisque le vent n'est toujours pas au sud-est comme on l'attend après le Pot au noir. Des ces zones, Groupama 3 est un bon bateau. Il est léger, il a des réactions assez proches de ce que peut avoir un 60 pieds. Dans les conditions météo actuelles, c'est plutôt réjouissant de voir le bateau démarrer facilement avec peu de vent et être capable de maintenir des moyennes élevées avec un vent pas si soutenu que ça. Elles nous sont favorables pour le moment, notamment par rapport à Orange II qui était un bateau beaucoup plus lourd. »
Bilan du 5e jour - distance parcourue : 516.50 mn - moyenne : 21.50 nds - avance : 661.80 mn
 
11/11/09
Chrono à l'Equateur : Groupama 3 a franchi la latitude 0° à 7 h 13 m et 33 s TU, soit après 5 j 15 h 23 m et 11 s de navigation. Il établit ainsi un nouveau temps de référence sur la distance Ouessant - Equateur. Déclaration de Sylvain Mondon : « Malgré une progression par à-coups, Franck Cammas et son équipage sont toujours parvenus à maintenir des vitesses moyennes supérieures à 15 noeuds. Bien que la zone à traverser fût plutôt étendue (250 milles), le trimaran géant n'a pas perdu de temps par rapport au détenteur du Trophée Jules Verne. En effet, Groupama 3 est sorti du Pot au Noir avec 670 milles d'avance sur Orange 2 alors qu'il y était entré avec 660 milles ! »
Vacation de Jacques Caraes : « C'est toujours un moment un petit peu magique de savoir qu'on bascule d'un hémisphère dans l'autre. On est plutôt mieux que ce qu'on aurait pu prévoir depuis Ouessant. C'est de bon augure de rentrer dans le match de cette façon là. Pour nous c'est du bonheur, et avec un bateau en parfait état. J'espère que la suite sera prometteuse et si on peut continuer de cette manière c'est du tout bon pour nous. Mais la route est bien longue. Restons prudents.
Pour l'instant on est au près serré, un ris dans la grand voile et trinquette devant, dans un vent soutenu d'une vingtaine de noeud, cela secoue un peu. Dans quelques heures on va choquer les écoutes et retrouver une allure plus rapide et surtout plus confortable. On a bon espoir de continuer à bien avancer. L'idée est de récupérer un petit front qui pourrait nous descendre rapidement vers le sud.
»
Bilan du 6e jour - distance parcourue : 486.60 mn - moyenne : 20.30 nds - avance : 714 mn
 
12/11/09
Dans les coulisses de la météo - Sylvain Mondon de Météo France : « La descente de l'Atlantique sud va prendre entre 7 et 9 jours. Le rendez-vous avec le système perturbé qui nous intéresse est prévu pour samedi avec une approche à bien affiner d'ici là. Pour prendre les décisions, nous faisons un un gros travail de réflexion en commun. Nous analysons tous les systèmes, Stan Honey avec son oeil de navigateur, et moi avec mon oeil d'ingénieur météo. Puis nous confrontons nos positions qui parfois sont assez différentes. Stan et moi sommes en conversation permanente. Nous échangeons énormément par mail pour éviter les ambiguïtés qui peuvent naître des conversations téléphoniques. Cela lui permet ensuite de faire un compte rendu de nos discussions à Franck s'il a besoin de plus de détails. C'est un travail d'équipe que l'on a préparé depuis plusieurs mois déjà et qui fonctionne très bien. Lorsque des décisions importantes sont à prendre, puisqu'il peut y avoir plusieurs routes quelques fois ou des choix voiles ou de caps qui ne sont pas forcément uniques, c'est toujours Franck qui décide au final. » Bilan du 7e jour - distance parcourue : 572.20 mn - moyenne : 23.80 nds - avance : 682 mn
 
13/11/09
Baisse de régime : Groupama 3, positionné le long des côtes du Brésil, en bordure nord d'une dorsale anticyclonique, dans des vents instables et plutôt faibles, a très légèrement infléchi son cap vers l'est en fin de journée. Les milles parcourus à contourner l'anticyclone de Sainte-Hélène rallongent énormément la route. L'addition risque d'être plutôt salée au passage du cap de Bonne Espérance.
Sylvain Mondon analyse la situation : « Le vent commence à mollir par à-coups en bordure Nord de la dorsale Nord-Ouest issue de l'anticyclone de Sainte Hélène. La phase d'entrée dans la dorsale va durer toute la journée de vendredi. La vitesse moyenne va continuer de diminuer lentement en fluctuant, puis ce sera la traversée de la dorsale la nuit prochaine avec une trajectoire vers le Sud dans des vents très faibles et des grains orageux : une zone de convergence quasi-permanente au large de Rio de Janeiro. Cette traversée sera lente et l'écart avec Orange 2 va fondre. L'objectif est de prendre le virage à gauche samedi après-midi. La réduction de l'avance s'arrêtera samedi soir. »
Bilan du 8e jour - distance parcourue : 569.30 mn - moyenne : 23.70 nds - avance : 679 mn
 
14/11/09
Petit temps, petit tempo : positionné à la latitude 24° sud et la longitude 33° ouest, en bordure de la dorsale anticyclonique, le trimaran a été brutalement freiné dans sa descente vers le sud-est. La dépression en provenance du Brésil n'étant pas au rendez-vous, à 11 h TU le trimaran tirait des bords pour tenter de progresser à la vitesse de 4.5 noeuds face à des vents de sud-est. L'avance sur le catamaran Orange II a fondu comme neige au soleil passant de 700 mn à 418 mn en début d'après midi (lors de la tentative 2008, Franck Cammas comptait 705 mn d'avance en fin de 9e journée). Cette situation n'est que provisoire puisqu'un vent puissant de secteur Nord est attendu dans l'après-midi et va inverser la tendance. La journée de dimanche sera extrêmement rapide et promet une entrée dans les Quarantièmes rugissants relativement musclée. Franck Cammas : « Cela va être comme cela pendant tout le tour du monde avec des coups d'accordéon par rapport à Orange II. Nous avons profité du calme pour réviser le gréement : nous sommes prêts à affronter le sud. »
Bilan du 9e jour - distance parcourue : 202.70 mn - moyenne : 8.40 nds - avance : 373.30 mn
 
15/11/09
Gueule de bois : après avoir subi une perte sèche de plus de 500 milles nautiques en 48 heures, Groupama 3 a retrouvé du vent au petit matin. Le trimaran fait cap au 122, à l'avant d'un front chaud et bénéficie d'un vent de Nord Nord-est. Il doit maintenir une vitesse élevée pour ne pas se faire rattraper par la dépression. Franck Cammas : « On a eu des moments difficiles moralement avec pas plus de 5 noeuds de vent. En l'absence de vent on avait un sentiment d'impuissance. Depuis ce matin ça a bien accéléré mais nous subissons une houle de face pas très haute, mais qui suffit pour nous faire de beaux croche-pieds. On était un peu stressé et on l'est encore car on n'est pas très en avance. On est content d'avoir le vent, mais c'est plutôt une course contre la dépression que contre Orange. Il faut que l'on se presse car il faut maintenir une vitesse élevée pour garder ce vent là et ne pas nous faire bouffer par la dépression. La prévision nous indique un anticyclone au sud du cap de Bonne Espérance. Il va nous falloir le contourner par le sud, ce qui va nous poser des problèmes avec les glaces. »
Bilan du 10e jour - distance parcourue : 390.80 mn - moyenne : 16.30 nds - avance : 275.30 mn
 
15/11/09
Redémarrage : Groupama 3 a repris de la vigueur mais doit maintenir une vitesse élevée pour rester en avant du front. La vie à bord est devenue difficile en raison du bruit et des vibrations causées par l'état de la mer. Vacation de Jacques Caraes : « Les conditions de navigation sont très musclées. C'est pas très confortable. On est sur un angle assez serré à 70° du vent avec un bateau qu'il faut toiler pas mal pour passer par dessus les vagues. Nous sommes obligés de maintenir une vitesse relativement forte entre 25 et 30 noeuds dans une mer qui n'est pas des plus faciles. A l'intérieur, cela secoue dur, cela retombe violemment. Un peu comme un avion qui arrive sur une piste un peu dure en butée d'amortisseur. Il faut être prudent, le bateau est très sollicité et cela fait un peu de mal de souffrir comme cela mais on n'a pas trop le choix. Il faut qu'on avance et qu'on se maintienne devant ce front. Donc il ne faut pas trop lever le pied non plus. A l'intérieur c'est très difficile de dormir. Nous on s'habitue. C'est plutôt pour la bateau qu'on est toujours un peu en soucis. Il faut que cela tienne. »
À 11h TU, Groupama 3 comptait 345 milles d'avance sur le record
 
16/11/09
Abandon suite à avarie : C'est à 13h16, lundi 16 novembre, que le skipper de Groupama 3, Franck Cammas, appelait son équipe du Trophée Jules Verne pour l'informer qu'une cloison de bras arrière bâbord avait cassé, entraînant une avarie importante sur le flotteur. Malgré la tempête, Groupama 3 fait route à petite vitesse vers Cape Town distante de 1700 milles (3000 km) et abandonne donc cette tentative sur le Trophée Jules Verne...
« On avait passé la nuit à bien naviguer pour rester devant le front et ce matin, Thomas Coville et Bruno Jeanjean qui étaient sur le pont ont entendu un grand « clac » : il y avait une petite fissure entre le bras arrière et le flotteur bâbord. Ça bougeait beaucoup : on s'est arrêté plein vent arrière pour ouvrir la trappe et accéder à l'intérieur. Une partie du collage entre le bras et le flotteur au niveau de la cloison est cassé. La liaison est donc structurellement diminuée d'au moins 50%. Il est impossible de réparer en mer à cause des mouvements. En ce moment, on se fait encore secouer : il y avait 35 noeuds de vent par le travers au moment de l'avarie. Et maintenant, on s'est fait rattraper par le front et il y a 40 noeuds... On a affalé la grand voile et Groupama 3 navigue vent arrière pour éviter les mouvements brusques. On va établir un plan de route pour éviter d'avoir trop de vent et trop de vagues. On fait cap au Sud pour laisser passer la deuxième dépression cette nuit : on repartira demain mardi matin vers Cape Town. On continue les quarts et je travaille avec Stan pour voir ce que nous allons faire par la suite. L'idée est de rentrer ensuite rapidement en France : l'équipage est partant et si nous pouvons partir avant fin janvier, c'est encore jouable pour une nouvelle tentative ! » indiquait Franck Cammas lors d'un contact téléphonique en début d'après-midi.
Le Trophée Jules Verne est une épreuve impitoyable puisque depuis 1992, sur 21 tentatives, seulement 6 records ont été enregistrés.
 
 
16/11/09
Réaction de Pascal Bidégorry après l'avarie de Franck Cammas : « Je suis vraiment désolé qu'ils arrêtent ce tour du monde. Comme je l'ai dit juste après la Traversée de l'Atlantique et que je répète très souvent, le plus important dans cette tentative de Trophée Jules Verne, avant même de le gagner, c'est de le terminer. Je suis triste pour eux, c'est la deuxième fois qu'ils vivent cela. J'espère vraiment qu'ils vont pouvoir ramener le bateau sans trop l'endommager et qu'ils vont le réparer et repartir... »